Votre vie sexuelle vous satisfait-elle ?

 Voici six questions essentielles à vous poser sur votre plaisir afin de savoir avec précision à quel point votre vie sexuelle vous satisfait. Et de comprendre quels sont les facteurs qui influent sur votre degré d’épanouissement.

Longtemps, la recherche de satisfaction sexuelle ne fut pas à l’ordre du jour de l’équilibre des couples. Pire encore, il n’était pas anormal que les femmes fassent passer la leur loin derrière celle de l’homme. Mai 68 et la révolution sexuelle qu’il inspira ont heureusement changé la donne.

Mais près d’un demi-siècle plus tard, on assiste à un bouleversement inattendu : l’orgasme est non seulement recherché, mais souvent exigé. Il peut même devenir l’élément à l’aune duquel le couple juge de la qualité de sa relation. Et beaucoup de thérapeutes constatent que l’absence de satisfaction est devenue une raison de se séparer.

Faut-il s’en plaindre ? Faut-il au contraire s’en réjouir ? Il est en tout cas intéressant de voir la place que nous accordons au plaisir dans notre sexualité. Catherine Blanc nous guide pour effectuer ce bilan.

À quelle période votre vie sexuelle a-t-elle été la plus épanouie ?

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La sexualité n’est pas liée à ce qui se passe exclusivement au lit, elle dépend du regard que l’on porte sur soi, du regard de l’autre, de la relation dans le couple, du contexte social. Ainsi, le chômage ou un deuil peuvent-ils mettre en berne un épanouissement sexuel, tout comme une promotion ou une grossesse peuvent le favoriser.

Il est intéressant de vous pencher sur ces différents facteurs et de tenter d’analyser leur influence sur votre satisfaction actuelle. Assimilez-vous l’intensité de votre plaisir à l’âge, à un partenaire particulier, à un moment passé dans la vie de votre couple ? Ce peut être une excuse avancée pour éviter de vous interroger. Pour certains, le bonheur est toujours dans le passé, une disposition psychique qui a des répercussions sur leur satisfaction présente. C’était forcément mieux avant ? Oui, mais ces partenaires – ou ces moments – tant idéalisés aujourd’hui n’existent plus, et ce n’est peut-être pas un hasard…

Nos partenaires correspondent toujours à des projections inconscientes et l’insatisfaction que nous ressentons aujourd’hui peut parler de notre choix de ne pas être satisfaits. Ou, à l’inverse, ce sera mieux demain ? En idéalisant un paradis jamais atteint, vous laissez filer le temps. Parvenir à la satisfaction sexuelle malgré l’âge, le temps qui passe, la relation au long cours, s’appuie sur la conquête du présent, l’émerveillement renouvelé, le plaisir gagné avec la maturité. Quelle est votre tranquillité à accueillir votre plaisir ? Vivre ici et maintenant est bien plus passionnant que regretter le passé ou remettre sans cesse la jouissance à demain.

Mesurez-vous votre satisfaction à l’intensité d’un orgasme ?

L’orgasme est soumis à une sorte d’échelle imaginaire. Bien que la satisfaction sexuelle soit une recherche légitime, de quoi parlons-nous exactement ? De l’intensité de la décharge orgasmique ? De l’harmonie avec votre partenaire ? Vous pouvez trouver une vraie jouissance dans le simple apaisement des tensions créées par vos pulsions ; vous pouvez aussi éprouver du plaisir en vous sentant en communion avec votre partenaire.

Toutefois, au moment de l’orgasme, l’autre n’existe plus, il disparaît, et nous restons seuls avec notre plaisir. La preuve, s’il se manifeste – un changement de rythme, une parole inappropriée –, nous pouvons ressentir une certaine agressivité à son égard. En revanche, dans le plaisir, en dehors du pic orgasmique lui-même, l’autre est présent. Et nous nous nourrissons également de cette communion-là. Il n’est pas question de suggérer que l’un soit mieux que l’autre, car nous oscillons, sans doute, sans cesse entre ces deux pôles.

Dans l’acte sexuel délivré de l’inquiétude, les partenaires se font confiance, acceptent de se perdre, de jouir ou pas, et de se retrouver. À moins que vous n’ayez trop de mal à composer avec votre partenaire et que vous préfériez vous en tenir éloigné. Et mesurer la qualité de la relation à l’intensité de vos orgasmes.

Quelle est la position qui vous donne le plus de plaisir ?

Est-ce celle qui vous excite parce qu’elle bouleverse un interdit ? Ou celle qui vous procure confort et sécurité ? Chacun a sa propre gamme. Dans certaines positions, nous pouvons nous sentir trop exposés, ou trop coincés ou encore trop actifs… Une position vous plonge dans l’inquiétude et ne vous attire pas ? Personne n’est obligé de tout essayer. Ou bien vous l’avez explorée et elle ne vous plaît pas ou plus, et, dans ce cas, il n’y a aucune raison de vous forcer parce qu’elle attire d’autres.

Prenons l’exemple de la sodomie, toujours source de réticence. Faudrait-il l’adopter, et au nom de quoi ? De la norme ? Pour répondre à la demande du partenaire ? Nous interroger sur les positions ne veut pas dire qu’il faut parvenir à dépasser nos réticences ou nos répulsions. Vous avez le droit de poser des limites. Les seules questions valables sont : est-ce que je me sens empêché, limité ? Est-ce que j’en souffre ? Seules ces entraves-là valent la peine d’être étudiées de près.

Qu’est-ce qui pourrait améliorer votre jouissance ?

La question se rapporte à la capacité que vous avez à accueillir vos fantasmes, votre jouissance sexuelle, autant d’éléments qui supposent d’être actif physiquement et intellectuellement. Sauf que, bien souvent, nous préférons penser que notre plaisir viendra de l’autre, ce qui est en partie vrai, mais en partie seulement. Attendre du partenaire qu’il nous donne satisfaction permet de nous déresponsabiliser : c’est le prince charmant qui va venir réveiller la belle endormie ; c’est la bombe sexuelle qui viendra régler un problème d’érection…

Accuser sa compagne ou son compagnon est toujours une façon de faire face à une difficulté, de s’en sortir honorablement, tactique d’ailleurs valable dans tous les domaines, pas uniquement sexuels. Mais d’où jaillit la source de votre plaisir ? Vient-elle de l’autre, de ses aptitudes ? Ou se niche-t-elle dans votre faculté psychique à accueillir votre jouissance ?

Améliorer votre satisfaction sexuelle dépend avant tout de vous. Certes, c’est plus compliqué, moins facile que d’accuser l’autre. La bonne nouvelle ? Le pouvoir est entre vos mains.

La masturbation est-elle votre plus grande source de joie ?

La masturbation parle du droit, salutaire et légitime, que nous nous donnons de nous faire du bien. Mais si vous placez cette pratique bien au-dessus de la relation sexuelle à deux, cela vaut la peine de s’y arrêter. Pensez-vous que vous vous connaissez mieux que personne ? Que vous êtes seul capable de vous procurer du plaisir ? Que vous avez plus de liberté à vous laisser aller ? Est-ce une difficulté à jouir sous le regard de l’autre ?

Le sexologue Jean-Yves Desjardins a établi une distinction entre deux plaisirs sexuels : l’un orgastique, mécanique, obtenu par des stimulations ; et le second orgasmique, qui englobe la décharge émotionnelle et inclut la dimension relationnelle. Or, l’autoérotisme est celui qui sollicite le moins l’émotion. Si vous privilégiez cette pratique sexuelle, est-ce par peur de vous laisser déborder ? Votre plaisir est-il diminué par votre difficulté à accueillir vos émotions et celles de l’autre ? Sauf que, en voulant les évincer, vous évincez par la même occasion un partenaire…

Estimez-vous qu’il faut en parler lorsque vous êtes insatisfait ?

Tout dépend de la fréquence et de l’intensité de l’insatisfaction. En effet, il serait dommage de distribuer des bonnes et mauvaises notes à chaque relation sexuelle. Certaines sont plus réussies que d’autres, cela n’a rien de dramatique. Pourquoi ne pas rire des loupés ? Ils peuvent créer une complicité et une libération des tensions : rire est déjà une jouissance !

Le discours ambiant fait de l’entente sexuelle du couple la mesure de son amour, ce qui est loin d’être vrai, tant le couple peut s’aimer, tout en ayant des difficultés sexuelles. Toutefois, si votre insatisfaction est permanente, qu’elle mine votre relation, il est important de vous en ouvrir à votre partenaire. Beaucoup de couples s’enferment dans un silence pesant, prenant le risque que l’un ou l’autre explose à un moment donné en disant des horreurs. Ou bien, chacun rumine dans son coin, espérant que l’autre va enfin découvrir, comme par magie, un comportement plus adéquat à ce qu’il souhaiterait. Une attitude qui rappelle celle de l’enfant qui n’avait pas besoin de parler pour que ses besoins soient satisfaits !

La prise de parole est un acte d’adulte mature. Pour autant, faites attention, certaines critiques peuvent en effet être indélébiles, d’où l’importance de bien choisir vos mots et le moment d’en parler, en dehors du lit de préférence. Il est toujours délicat d’aborder le sujet de la sexualité, car celle-ci dévoile le plus intime de nous-mêmes, et nous ne savons jamais ce que nous allons toucher dans l’inconscient, le nôtre et celui de notre partenaire. La bienveillance est donc de rigueur, avec des formules ouvertes comme « Peut-être que je m’y prends mal ? », « Et toi, que ressens-tu ? », ou encore « Je sens que je m’enferme »…

À bannir absolument, l’injonction « Fais-moi jouir », ou encore l’accusation « Tu ne sais vraiment pas t’y prendre », qui suggèrent que vous restez en dehors de la relation dans votre insatisfaction. Or, redisons-le encore une fois, nous sommes responsables de notre jouissance, qui dépend en grande partie de l’autorisation que nous nous donnons à l’accueillir. Il est bien plus intéressant d’essayer de surmonter à deux le malentendu, la difficulté à s’accorder, que de s’adresser mutuellement des reproches.