Sexe : en parler pour mieux savourer

La chose est entendue, pour bien s’aimer, mieux vaut savoir causer. Communication au sein du couple et épanouissement sexuel seraient donc intrinsèquement liés. On vous explique, ici, pourquoi.

S'il est essentiel d'être égoïste pendant un rapport sexuel (il faut aller chercher son plaisir là où il est, sans attendre que le partenaire sache mieux où il se trouve), hommes et femmes le sont peu, dans les faits. Étonnamment, le plaisir personnel passe en grande partie par le besoin de mesurer celui de l'autre : des analyses comportementales montrent qu'il faut avoir la certitude et la satisfaction d'avoir donné du plaisir à l'autre, pour mieux profiter du sien.

Prendre du plaisir à en donner
Un groupe de scientifiques de l'Université de Waterloo au Canada a choisi d'étudier 84 couples (assez soudés pour participer ensemble à l'étude) en partant de l'hypothèse que le degré de satisfaction sexuelle peut se mesurer, soit à partir de la capacité du couple à communiquer ses désirs sexuels, soit à être assez sensible pour comprendre les émotions du partenaire (certains communiquent peu, mais sont réceptifs aux émotions). Ces couples hétérosexuels ont noté leur degré de satisfaction et celui – estimé – de leur partenaire. Ils ont également relevé le niveau de satisfaction au sein de la relation.

Hommes et femmes sont, semble-t-il, assez réceptifs pour avoir des perceptions plutôt justes du niveau de plaisir de leurs partenaires : elles étaient fortement corrélées aux auto-évaluations, bien que les hommes aient parfois légèrement sous-estimé le niveau de plaisir pris par les femmes. Les résultats montrent que rien n'est en fonction des genres ; ce sont les personnes qui communiquent le mieux (ou qui sont sensibles aux émotions des autres) qui jugent le plus justement le taux de satisfaction de leurs partenaires.

Si la durée de la relation du couple est sans impact, en revanche, plus il est globalement compatible, plus il sait reconnaître le niveau de satisfaction du partenaire. Sur le même principe, un partenaire ne peut cacher trop longtemps ses insatisfactions, elles sont mal perçues et mal vécues par le partenaire. La communication est clé, qu'elle passe ou non par le langage verbal.

De la difficulté à trouver les mots
Le fait qu'à travers différentes autres études les femmes avouent moins d'orgasmes que les hommes (64% contre 85%) n'a pas d'incidence sur celle-ci : la satisfaction est à dissocier de l'orgasme, à la fois parce que toutes les femmes ne savent pas le reconnaître, mais aussi parce qu'il peut y avoir beaucoup de plaisir, chez l'un et l'autre sexe, sans obligatoirement atteindre l'orgasme.

L'étude peut cependant être prise avec quelques réserves, car toutes les personnes en couple ne sont pas capables d'échanger sur ce sujet, ni avec leur partenaire, ni avec un groupe de chercheurs. Cependant, elle révèle qu'un couple qui fonctionne bien peut, lorsque l'activité sexuelle décline avec le temps, décider ensemble d'actions à mettre en place pour éviter que le silence soit le masque de la frustration, laquelle engendre souvent des dissymétries dans le couple (l'un trompe, l'autre pas).

Elle dit également que puisque l'un peut reconnaître l'insatisfaction de l'autre lorsqu'elle est là, il est préférable d'oser en parler pour que le contentement puisse s'épanouir de part et d'autre. Mais c'est « oser » qui reste le plus difficile pour ceux et celles qui ne veulent mettre de mots sur un plaisir si intime, qu'ils ferment les yeux pour ne rien laisser percevoir qui leur semble inavouable, ou qui ne savent trouver la manière de dire les choses sans heurter.
Il reste dans ce cas l'option de guider avec les mains, de communiquer avec le corps, comme les humains le faisaient naturellement avant l'invention du langage...