Réappropriation de l’histoire authentique africaine: Un enseignant-écrivain ivoirien vivant aux Usa, donne ses recettes

Dr Issiaka Diakité-Kaba est un écrivain qui enseigne aux États-Unis (Usa) et en Côte d’Ivoire. Auteur de plusieurs ouvrages sur le roi du Mandé, Soundjata Keïta, dans lesquels il recrée le parcours historique et épique de l’unificateur et fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle, l’enseignant-écrivain donne, dans cette interview, les raisons qui l’amènent à écrire sur des personnages historiques africains, tels que Soundjata Keïta et Samori Touré. Non sans inviter les décideurs du continent à investir dans l’éducation des jeunes.


Qu'est-ce qui vous motive à vous s'intéresser à des personnages héroïques tels que Soundjata Kéita ou l'Almamy Samori, et à écrire des livres à relents historiques sur leur parcours?

D’abord, je suis Africain et tout ce qui concerne l’histoire africaine m’intéresse au plus haut point. Paradoxalement, c’est la vie aux Usa, qui m’a poussé à vouloir explorer sérieusement et systématiquement notre passé. Au cours de voyages et au fil de rencontres, on se rend compte par hasard (même si le hasard n’existe forcément pas) qu’il faut d’abord se connaître, avant de prétendre connaître l’autre, d’appréhender autrui et d’analyser le monde. 

Comment se décline cette connaissance de soi ?

Il y a un adage célèbre qui dit : « Connais-toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux », ou bien plus près de chez nous, le « yèrèlon », expression malinké voire mandingue, pour dire : se connaître est le point de départ pour comprendre l’autre, pour comprendre le monde ; « yèrèlon » (se connaître soi-même) est mieux que la possession, chantent certains griots. Je parle de la possession matérielle. Ce ne sont pas des approximations philosophiques. En effet, quand vous vous retrouvez devant des étudiants « in a strange land », en terre étrangère, pour utiliser l’expression en anglais, ou par exemple quand vous rencontrez un policier américain, un autre collègue américain, tous curieux de vous connaître, vous vous posez la question : qui suis-je ? Cela vous pousse aussi à définir ou redéfinir votre identité.

Pensez-vous que les Africains ont une bonne connaissance de leur histoire ?

En fait, beaucoup parmi nous, Africains, n’ont qu’une connaissance anémique de notre histoire et des figures importantes qui l’ont traversée, sinon, nous n’allions pas reproduire les mêmes erreurs pendant que nous cherchons à nous extraire de nos galères économiques, sociales et culturelles. Comme le dit si bien le philosophe américain d’origine espagnole, George Santayana: «Ceux qui n’apprennent rien de l’histoire sont condamnés à le répéter». A croire que nous autres en Afrique, n’avons rien appris des moments douloureux de notre histoire, et allègrement nous nous évertuons à les répéter.

C’est donc dans cette quête de soi que vous vous êtes intéressé à l’œuvre d’Ahmadou Kourouma où la tradition de l’oralité est fortement développée...

A la suite de la rédaction de mon PhD ― doctorat― dans lequel j’ai étudié le parcours dynamique et symbolique du griot, dans l’œuvre d’Ahmadou Kourouma, je me suis retrouvé à explorer certains aspects des traditions africaines : la parole, le mythe, les contes, les légendes, les religions traditionnelles, etc. C’est donc par interrogations successives, pour répondre à certaines de ces préoccupations, que j’ai choisi d’écrire une œuvre littéraire : « Sunjata, The Lion », un théâtre bilingue (français-anglais) pour mes étudiants américains. Ensuite, une publication uniquement en français, « Soundjata, Le Réveil du Lion » (Le jour où la Parole fut libérée) ― qui, d’ailleurs, est recommandée par le ministère de l’éducation nationale, pour la lecture en classe de seconde.

Pourquoi avoir fait de Samori Touré un centre d’interêt, après Soundjata ?

C’est parce qu’après Soundjata, le personnage qui, naturellement, pour moi, s’imposait, était Samori Touré. En fait, je ne me suis pas intéressé à ce personnage historique aux premiers abords, étant convaincu que ce que je savais de lui à travers nos livres d’histoire, était suffisant. C’était une erreur. Quand, à la suite de suggestions d’amis et de parents, j’ai décidé enfin d’explorer son parcours, j’ai découvert des facettes surprenantes que nous ne connaissions pas, que nos manuels d’histoire ne nous enseignent pas. L’intérêt s’est donc installé, et j’ai décidé d’écrire pour expliquer, en terme romancé, son parcours si spécifique...


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