Himalaya: Amputé des pieds, il part à l'assaut du K2 sans oxygène

  • 14/05/2016
  • Source : AFP
L’Equatorien, qui se qualifie de « miracle vivant », est persuadé d’arriver au bout de l’ascension…

Sa passion pour les sommets lui a valu d’être amputé des deux pieds, mais l’alpiniste équatorien Santiago Quintero compte bien être le premier à vaincre le K2, deuxième plus haut sommet du monde, sans renfort d’oxygène et avec prothèses.

« Sans la montagne, je préfère ne pas vivre »
Se qualifiant de « miracle vivant », Santiago, 41 ans, ne se pose pas de limites bien qu’il ait perdu la moitié de ses pieds, gelés en janvier 2002 lors de l’ascension de l’Aconcagua, et terminé en soins intensifs après l’Everest en 2013. Après l’Aconcagua, le sommet le plus haut des Amériques qui culmine à 6.962 m dans les Andes argentines et dont il a été le quatrième à conquérir seul la face sud, route la plus extrême, il a été transféré en Espagne où il est resté hospitalisé neuf mois à Saragosse.

Le 18 mars 2002, « ils ont dû m’amputer de plus de la moitié du pied droit et la moitié du gauche », a-t-il raconté, avant d'ajouter aussitôt: « sans la montagne, je préfère ne pas vivre ». Fort de cette détermination, l’Equatorien se prépare maintenant à affronter pour la seconde fois le K2, sommet du massif du Karakoram, qui culmine à 8.611 m à la frontière entre la Chine et le Pakistan, et considéré comme le plus compliqué du monde. Son projet est d’escalader avec prothèses d’ici 2019 les 14 principales montagnes dépassant les 8.000 m, appelées aussi les « Huit-Mille ». Il s’est déjà mesuré au K2 en 2009 mais a dû renoncer « si près du sommet ».

Des prothèses attendues cinq ans
« Nous avons eu de mauvaises conditions alors que nous étions à 200 m d’atteindre le sommet du K2 et nous nous enfoncions dans la neige jusqu’au torse. Nous avancions à 20 mètres à l’heure et avons dû faire demi-tour », explique-t-il lors d’une pause pendant un entraînement sur les pans de l’Ilalo, volcan équatorien éteint situé près de Quito.

Son amputation après l’Aconcagua est due en particulier au fait qu’il lui avait alors manqué 100 dollars pour acheter des couvre-bottes imperméables, qui lui auraient évité d’avoir les pieds mouillés par la neige, puis gelés. Il a ensuite dû attendre cinq ans des prothèses spéciales avec lesquelles il a depuis conquis sept des 14 Huit-Mille, dont l’Everest, sommet le plus haut de la planète à 8.848 mètres, suivi du K2 escaladé par 188 alpinistes, dont un autre Equatorien, Ivan Vallejo.

« Je sens quelque chose de spécial »
« Ivan et les autres y sont arrivés entiers, avec toutes leurs facultés, ce qui est assez différent », souligne Santiago Quintero, qui se prépare depuis trois ans à affronter le K2 à partir du 13 juin pour en atteindre le sommet le 31 juillet. L’alpiniste, qui fera l’ascension sans renfort d’oxygène mais avec un accompagnant qui lui sera équipé, se montre confiant : « Je sais que cette année, nous allons réussir. Je sens quelque chose de spécial ».

Fort de 25 ans d’escalade en Equateur et d’une trentaine de sommets conquis dans la cordillère des Andes, au Pérou, en Bolivie, en Argentine, en Colombie, ainsi que dans l’Himalaya, Quintero se souvient : « Après ce qui s’est passé dans l’Aconcagua, on m’a dit que plus jamais je ne ferai l’ascension d’une montagne de 5.000 m et que ma carrière était terminée pour toujours ».

Et tout en ajustant sa prothèse, il précise : « Ils m’ont fait une greffe à partir de l’aine, censée ne pas résister à de gros efforts ». Mais il ajoute aussitôt sans cesser de sourire : « Etre handicapé est une décision personnelle. Personne ne peut me dire comment je suis ou ce que je suis ! »