Situation sociopolitique en Côte d'Ivoire: Kablan Duncan lève des coins du voile

  • 11/10/2013
  • Source : Le Pays
Dans une interview qu'il a accordée à RFI, le Premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, s'est montré très offensif. L'homme, on le sait, est d'un tempérament calme, réservé et prudent.

 Il ne cède jamais aux facilités du verbalisme et de la démagogie, comme on peut l'observer quotidiennement chez nombre d'acteurs politiques africains. Bref, Duncan est tout, sauf un excité politique. Au cours de cette interview, Kablan Duncan, en faisant preuve d'une volonté politique lucide, s'est prononcé sur plusieurs dossiers fondamentaux qui agitent la vie sociopolitique ivoirienne tels que la réconciliation, la justice, l'économie, le congrès du PDCI, le dialogue politique avec les partis d'opposition, l'emploi, etc.

En Côte d'Ivoire, il faut le souligner, les mots « paix et réconciliation », dans le contexte actuel, couvrent désormais le meilleur et le pire. Mais avec Duncan, il s'agit, politiquement et socialement, d'en faire des vertus positives faites de générosité et d'ouverture à l'autre. L'Etat démocratique ivoirien ne doit plus redevenir un « Etat amoral », fondé sur des « amnisties » de complaisance et sur une justice d'anonymat. Duncan refuse toute impunité pour les auteurs de crimes énormes, quels que soient les camps politiques auxquels ils appartiennent.

Sans justice, toute tentative de réconciliation entre Ivoiriens est vouée à l'échec


C'est pourquoi il faut doter la Côte d'Ivoire d'un appareil judiciaire crédible et efficace, après la guerre civile dévastatrice que le pays a connue. Et l'homme semble accorder un prix à l'indépendance du pouvoir judiciaire, car sans justice, toute tentative de réconciliation entre Ivoiriens est vouée à l'échec. La Côte d'Ivoire peut, enfin, juger ses propres citoyens sur le sol ivoirien.
Concernant le volet économique et social, tout en louant le fort taux de croissance enregistré grâce aux décisions du gouvernement qu'il dirige, Kablan Duncan reste conscient que de trop grosses injustices et inégalités sociales peuvent mettre en péril la démocratie ivoirienne naissante. Son gouvernement qui ne cesse de demander des sacrifices aux Ivoiriens, doit donc créer des emplois, notamment pour « les jeunes ».

La complexité de la politique ivoirienne n'interdit pas l'espoir d'une alliance entre RDR et PDCI au sein du RHDP en 2015


Les Ivoiriens, dans leur immense majorité, restent confrontés à de lourdes et sérieuses difficultés socio-économiques.
Pourtant, le pays a su regagner la confiance des institutions financières internationales et des milieux d'affaires mondiaux. Quant aux entrepreneurs ivoiriens, ils demandent à l'Etat la double sécurité politique et économique.
A propos du récent congrès du PDCI, parti dont il est membre, on a compris, en suivant Duncan que, selon lui, la parole a désormais été libérée au sein de ce vieil appareil politique, et il ne faut plus revenir en arrière. Il s'agit d'un acquis politique majeur à sauvegarder. Le choix d'un candidat du PDCI en 2015 face à ADO ne semble pas avoir ses faveurs, même s'il pense que la meilleure politique, ici, consiste à attendre, c'est-à-dire s'en remettre à « la convention », une instance dédiée à cette question « qui fâche ».

Evidemment, la complexité de la politique ivoirienne n'interdit pas l'espoir d'une alliance entre RDR et PDCI au sein du RHDP en 2015. D'ailleurs, Bédié est-il lui-même convaincu lorsqu'il déclare aux militants du PDCI que leur parti aura bel et bien un candidat en 2015 ? Rien n'est moins sûr. Ce qui et sûr et certain, ADO veut rester au pouvoir en 2015. Daniel Kablan Duncan a-t-il convaincu, à travers cette interview, les Ivoiriens ? Il paraît prématuré d'y répondre. Mais il a su lever, ici, quelques coins du voile, convaincu qu'en politique, seule compte la rigueur dans l'exercice du pouvoir.

Abdoulaye BARRO