Situation politique/ Rencontre souhaitée avec Bédié: Des choses se disent au Pdci

  • 05/02/2020
  • Source : Soir Info
C'est une véritable batterie de conditions que le président de la République, Alassane Ouattara, devra remplir pour espérer avoir, enfin, la rencontre qu'il attend depuis des lustres avec son « aîné », Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda). Le chef de l'exécutif ivoirien a rencontré, samedi 1er février 2020, à Sakassou, la reine des Baoulé, Nanan Akoua Boni II, à huis-clos, durant près de deux heures. Également, il a rencontré des centaines de têtes couronnées du pays Baoulé, toujours à Sakassou.

Pour Alassane Ouattara, l'engagement pris par les chefs traditionnels de Gbêkê et du Bélier de transmettre le message à Henri Konan Bédié, en vue d'une rencontre entre les deux hommes d'État, était salutaire.

« Je voudrais aussi remercier les représentants, le 6 décembre (2019, Ndlr), qui ont pris l’engagement de voir mon aîné, le président Henri Konan Bédié, pour lui transmettre votre message. Et je suis sûr que quand il aura l’occasion de me recevoir, cela permettra de faire avancer les choses, au nom de la grande famille houphouétiste que nous représentons, car nous sommes véritablement des héritiers du président Félix Houphouët-Boigny. Et comme chacun le sait, je tiens beaucoup à la concorde entre les enfants de notre papa, feu le président Félix Houphouët-Boigny. Je voudrais saisir cette opportunité, pour vous dire que ma disponibilité est totale, car nous nous rappelons de l’histoire récente de notre pays, depuis le décès de notre premier président et tout ce que le pays a vécu comme drame au cours des différentes années », a déclaré Alassane Ouattara, à Sakassou.

« Il est important que les enfants de Félix Houphouët-Boigny puissent se retrouver et consolider cette paix que nous avons retrouvée depuis mon accession au pouvoir, en 2011. J’ai encore en souvenir, les journées longues et stressantes, angoissantes, que nous avons tous vécues ensemble à l’hôtel du golf, après les élections présidentielles de 2010. Et à cette occasion, nous ne souhaitions plus cela, pour notre chère Côte d’Ivoire », a-t-il souligné.

Bien avant et à plusieurs autres occasions, il avait émis le souhait de renconter le président du Pdci-Rda, qui s'est retiré du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), depuis le 8 août 2018.

Face à cette énième demande publique du chef de l'État, des réactions ne se sont pas fait attendre. Déjà, au sein du parti septuagénaire, des conditions lui sont opposées. Et elles touchent véritablement à l'épine dorsale de la politique et des décisions prises par Alassane Ouattara. D'abord, il y a la réhabilitation des cadres Pdci-Rda limogés pour, dit-on, avoir été fidèles à M. Bédié et au Pdci. Le pouvoir d'Abidjan devra, selon des informations non officielles, cesser « les intimidations, menaces et autres chantages », pour obliger des cadres et élus à adhérer au Rhdp. Mais en plus, au Pdci, on réclame la libération de ses cadres et élus emprisonnés, et aussi la libération des membres de l'opposition incarcérés.

Des conditions qui, certainement, ne passeront pas, sont celles qui exigent que la Constitution ne soit pas révisée, que la Commission électorale indépendante (Cei) soit réformée, que Alassane Ouattara affirme publiquement qu'il ne sera pas candidat à la présidentielle d'octobre prochain. Bien plus contraingnants, qu'il affiche officiellement son soutien au candidat du Pdci-Rda à cette échéance électorale. Ce n'est pas tout. Il est exigé au numéro 1 ivoirien d'ouvrir enfin le dialogue politique, autour d'une table, entre lui et ses adversaires que sont Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro actuellement en exil, Mamadou Koulibaly et tous les autres leaders de l'opposition dite « significative ».

De véritables problématiques pour Alassane Ouattara, à 8 mois de la présidentielle. Accéder à ces conditions rigides entraînerait, à coup sûr, un chamboulement monstre dans l'organisation du Rhdp qui est déjà entré en pré-campagne, et qui n'attendplus que le congrès qui désignera son candidat à l'élection du 31 octobre 2020. Que va répondre Alassane Ouattara ? Pour espérer retrouver son « aîné » dont il avait le soutien total en 2010 et 2015, le chef de l'État consentira-t-il à ce gros sacrifice ? C'est un pari quasiment impossible à prendre. Mais, tout est possible en politique, dit-on.

Hervé KPODION