Réorganisation des Faci: Retour en force de militaires pro-Gbagbo, des proches de Soro en second plan

  • 09/03/2019
  • Source : Soir Info
C’est un grand chamboule-tout des Forces armées de Côte d’Ivoire (Faci) dans toutes ses composantes, auquel le chef suprême des armées, le président de la République, Alassane Ouattara, a procédé, le mercredi 6 mars 2019. Il a, en effet, approuvé plusieurs nominations, dans le cadre « de la réorganisation du commandement au sein des Forces armées de Côte d’Ivoire ».

L’État-major général, le cabinet du ministre de la défense, l’Inspection générale des armées, les régions militaires, l’État-major de l’armée de terre et tous les bataillons, l’armée de l’air, la Marine nationale et son État-major, les Forces spéciales, le Commandement des Ecoles et Centres de formation, la gendarmerie nationale, les unités rattachées à l’État-major général des armées, la Garde républicaine, le Groupement des sapeurs pompiers militaires, y compris le Commandement des musiques militaires et les grands corps...

En tout cas, pas un seul segment n’a échappé au «scalpel » du chef de l’État. Cette réorganisation aux allures de chamboulement, intervient à moins de 30 mois de l’élection présidentielle d’octobre 2020. La décision d’Alassane Ouattara est loin d’être guidée par un hasard. Elle s’inscrit, de toute évidence, dans un schéma bien réfléchi...

Dans le fond, ce chamboulement des Faci pourrait obéir à un besoin de « réorganisation du commandement » face à l’impératif d’efficacité, lié à la bonne marche de l’outil de défense. C’est pourquoi, il apparaît, dans sa nouvelle structuration, un équilibrage. Bien en prit au chef de l’État parce que la grande muette était fortement décriée. L’armée post-électorale de 2010-2011 donnait le sentiment d’une corporation communautariste. Cette armée-là cristallisait sur elle, à tort ou à raison, des critiques très acerbes sur son caractère, pour le moins, hétérogène, au point que le numéro 1 ivoirien a approuvé l’idée de débaptiser les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) …

Une appellation qui rappelait l’ex-Force armée des Forces nouvelles (Fafn). Cette armée «  réorganisée », dont la structure vient d’être dévoilée aux Ivoiriens, porte la touche de Hamed Bakoyoko, ministre de la défense, et la marque du général Doumbia Lancina, chef d’État-major général des Faci. Elle se caractérise par son homogénéité, faisant cohabiter en son sein, des hommes qui se sont affrontés hier. Surtout, cette nouvelle armée est la manifestation la plus tangible d’un ancrage de la diversité sociologique. Dans cette dynamique, on note un retour en force des officiers supérieurs notoirement connus pour leur grande proximité avec l’ancien chef de l’État, Laurent Gbagbo. Il s’agit, entre autres, du lieutenant-colonel Dua Kouassi Norbert, l’ex-aide de camp de Laurent Gbagbo ; du chef d’Escadron Zoh Loua Jean, du colonel Dago Wakoubo Théodore...

Dua Kouassi, dernier aide de camp de Laurent Gbagbo, a été nommé commandant en second du Groupement ministériel des moyens généraux (Gmmg), quand Zoh Loua Jean, grand stratège et très proche du général Guiai Bi Poin, ancien commandant supérieur de la gendarmerie nationale, est nommé commandant de la Brigade de sécurité rurale 2. Il en va de même pour le lieutenant-colonel Kouakou Koffi Derges, nommé commandant de la 3e légion mobile. Ils sont nombreux, les proches de l’ancien chef de l’État, qui ont été promus à des postes de responsabilité dans la nouvelle charpente de l’armée, tant au niveau de la gendarmerie, de l’armée de terre que de la marine nationale. Tous ont exercé sous Laurent Gbagbo, des fonctions hautement stratégiques, et ont offert leur poitrine pour défendre son régime jusqu’à sa chute, le 11 avril 2011.

"Des mises au placard"

A l’opposition, des militaires issus de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (Fn), donc sensés proches de Guillaume Soro, président démissionnaire de l’Assemblée nationale, ont connu des promotions qui, aux yeux de certains analystes, ressemblent «  à des mises au placard ». Comme repère, ils pointent le départ d’Issiaka Ouattara dit Wattao, de la tête de la Garde républicaine (Gr).

Dans un post qu’il a publié, mercredi 6 mars 2019, sur les réseaux sociaux, Franklin Nyamsi, Conseiller spécial de Guillaume Soro, dénonce : « les ex-comzones pro-Soro, réputés incorruptibles par Alassane Ouattara, ont tout simplement été écartés ce jour, de l’essentiel des postes de commandement qu’ils tenaient dans l’armée ivoirienne. Les colonels Issiaka Ouattara dit Wattao et Chérif Ousmane, véritables piliers de l’accession de Ouattara au pouvoir, sont entre autres figures de proue des ex-Forces nouvelles ciblé par les nouvelles affectations (…)".

Anciennement patron du premier Bataillon des commandos et des parachutistes (Bcp), le colonel Ousmane Chérif est nommé sous-chef d’Etat-major de l’armée de terre, laissant le Bcp au chef de bataillon, Koupé Silué. Jusque-là commandant de la Garde républicaine, le colonel Issiaka Ouattara dit Wattao prend la tête des Unités rattachées à l’Etat-major général des armées (Uremga), avec rang de sous-chef d’Etat-major général des armées. A la Garde républicaine, il est remplacé par le lieutenant-colonel Bassaro Dembélé.

Néanmoins, le colonel Zoumana Ouattara prend les commandes de la 3e région militaire de Bouaké (Centre-nord), quand le 3e Bataillon d’infanterie de Bouaké est désormais dirigé par le colonel Losseni Fofana, deux anciennes figures de proue de l’ex-rébellion.

Le Bataillon de sécurisation de l’Est, basé à Bondoukou (Nord-est), est confié au colonel Morou Ouattara, quand celui de l’ouest, basé à Man, a pour chef de corps, le colonel Dramane Soro.

Au niveau de la marine nationale, le poste de sous-chef d’État-major est confié à Amara Koné, et le capitaine de corvette Djami Palé devient le commandant du Groupement des fusiliers commandos.

Le colonel Gaoussou Koné dit Jah Gao est nommé à la tête du Bataillon de commandement et des services (Bcs/ Emga), quand le Groupement ministériel des moyens généraux (Gmmg) est dirigé par le lieutenant-colonel Inza Fofana dit Grouman. Tous avaient été élevés, dans l’ex-rébellion, aux grades d’officiers par Guillaume Soro, qui en était le chef de l’aile politique.

 

Armand B. DEPEYLA