Procès des Pro-Gbagbo :Le Point de deux mois d'audience

  • 03/03/2015
  • Source : Lebabi.net
Les réquisitoires sont en cours actuellement dans le procès historique des pro-gbagbo(une première dans l’histoire de la jeune nation Ivoirienne où une ex-première dame et la majorité des ministres d’un régime sont jugés).

Les cadres du régime Gbagbo ont défilé à la barre pendant deux semaines mais visiblement n’ont pas été ébranlés ni confondus par les propos des témoins. Ces derniers ont été souvent incapables d’identifier, devant la cour, les accusés auxquels ils avaient imputé des crimes sanglants.
 
Nous avons donc recoupé quelques témoignages des témoins que nous vous proposons.

 Des témoignages peu convaincants et sans preuves matérielles.
 
 Contre les journalistes pro-Gbagbo, accusés d’avoir incités à la haine, aucune vidéo, bande sonore ou article litigieux n’a été produit par l’accusation et les témoins.
 
Témoignages contre les caporaux Simplice Ouga Zokou et Jean Paul Zézé
Coulibaly Salimata, témoignant contre les caporaux Simplice Ouga Zokou et Jean Paul Zézé, deux militaires en service au ministère de la défense, affirme : «On m’a dit qu’on a tué mes deux frères. J’étais à Grand-Bassam. Donc je ne peux pas dire qui les a tués», a t-elle déclaré à la barre.
 
Coulibaly Souleymane, un autre témoin  raconte : «Le jour où on a tué mon frère aîné, j’étais à Marcory et c’est de Korhogo on m’a appelé pour me dire que mon frère a été tué à Treichville le 11 avril 2011. C’est le lendemain que je me suis rendu à Treichville. Je n’ai pas vu celui qui a tué mon frère».
 
Le témoin Coulibaly Mohamed Gnégnéri ne donne pas plus d’indices que les deux premiers: «Je ne reconnais pas dans le box des accusés celui qui a tué mon frère, Il est en forme».
 
Pour les faits on attribués aux caporaux, aucun témoin n’a été capable de décrire les faits avec exactitude.
 
Témoignages contre Isidore Yobo Guédé.
Lors du témoignage contre Isidore Yobo Guédé pris à Williamsville, le témoignage de Kanaté Nabi est édifiant : «Isidore mobilisait les gens pour le Fpi. Pendant la campagne, il injuriait les partisans du Rdr. J’ai laissé mon magasin pour aller au village dans la crise. Au retour, j’ai trouvé qu’on a vidé mon magasin. Mais je n’ai pas vu Isidore piller mon magasin. Je ne l’ai pas vu agresser les gens. Moi, on m’a dit que c’est lui qui était au contrôle du quartier».
 
«Je n’ai pas vu Isidore casser notre magasin. Mais j’ai appris que c’est lui qui était au contrôle de tout. Il était avec les miliciens. Je ne l’ai pas vu avec une arme», a dit, pour sa part, Cissé Issiaka, couturier à Williasmville.
 
«J’ai vu Isidore dans un groupe. Il collait les affiches de campagne du Fpi. Il nous insultait et nous traitait d’étrangers. Mais je ne l’ai pas vu tuer quelqu’un. Je ne l’ai pas vu avec une arme», a terminé à la barre Kamagaté Mawa, 25 ans et aide soignante. L’accusé estime que c’est parce qu’il a été assesseur pour le compte de LMP pendant la dernière présidentielle de 2010 qu’il est poursuivi. 
 
Témoignages contre jean Marius dit « Pétit Marteau » et autres.
Sanogo Benogo, intervenant en sa qualité de troisième témoin, contre le sieur Keipo Jean Marius dit Petit marteau : «Je ne l’ai pas vu brûler quelqu’un. Je ne l’ai jamais vu à un barrage d’auto défense. Je ne l’ai jamais vu tuer quelqu’un. Mais il dirigeait un groupe. Donc c’est lui qui donnait des ordres».
 
Lors des comparutions de Tondé bonfils dit Vieux Guéré ou Vieux marin et Emmanuel Tano Kassi dit tchek, 13 témoins sont passés à la barre mais 7 d’entre eux n’ont pu identifier les accusés.
 
Quand le président de la cour d’assises demande aux témoins de regarder dans le box afin de reconnaître leurs bourreaux, les témoins avouent être incapables d’identifier ceux qui leur auraient fait du mal.
 
«Je ne reconnais personne parmi les accusés. Ils étaient masqués et leur patron, un ancien sapeur pompier, se nomme Zagbayou et c’est un métis», laisse entendre sylla Lacina devant la cour.
 
«Il portait une cagoule. Je ne le reconnais pas», indique, pour sa part, Pauline méïté, une jeune dame.
 
Lorsque Jean Zahé Mondjomblé et Aubin Déagoué Zigui, deux dirigeants de l'ex-fesci sont passés à la barre, le Parquet général a présenté plusieurs témoins.
 
Extrait de la Comparution du témoin Koulibaly djénéba, commerçante à Williamsville.
Question du juge : «Pouvez-vous reconnaître, parmi les accusés ici présents, celui qui a tiré sur vous ?».
Après un bref coup d’oeil vers le box des accusés, elle répond : «Non,celui qui tiré sur moi n’est pas dans la salle».
Réplique du juge : «Selon vous, qui a tiré ?». 
Le témoin : «C’est les fescistes».
«Comment?».
« Depuis l’arrivée de Gbagbo, c’est eux qui fatiguent les gens», avance-t-elle.
 
Témoignage contre Michel Gbgagbo
Plusieurs témoins affirment l'avoir vu accompagner des convois paramilitaires qui tentaient de voler des urnes le soir du second tour, à Abidjan, mais certains sont renvoyés avant même d'avoir terminé leur déposition, tant leurs propos sont incohérents.
 
Lors de la comparution de Michel Gbagbo, les témoins qui apparaissent à la barre étaient hésitants, la salle d'audience hilare, l'accusation incapable de fournir des preuves concrètes, comme le raconte Le Monde.
 
Témoignage contre Simone Gbagbo
Au tour de Simone Gbagbo, deux témoins ont attiré l'attention.
 
Le premier a affirmé à la barre que l'ex première dame lui avait remis une enveloppe d'argent par l'intermédiaire de deux de ses collaborateurs afin qu'il fasse du bourrage d'urnes à Abobo alors que dans un précédent témoignage, il avait indiqué à la même cour que c'était son aide de camp.
 
Le second lui, a soutenu que l'ex première dame a armé des jeunes à Cocody avec la complicité du comédien Ba Bientôt qui ont attaqué le siège du RDR le 16 décembre 2011 pendant qu'il y assurait la sécurité.
 
Et pourtant, selon la défense de Simone Gbagbo, celle-ci était en détention pendant cette période à Odienné.
 
Ces faits et contraditions ont donné de l’assurance a l’ex-première dame qui a poussé le pion très loin demandant « quels sont les preuves »  et de renvoyer un avocat a son cours de droit.
 
L’un des avocat de Simone gbagbo est allé jusqu'à prévaloir de son immunité parlementaire.
 
Absence de preuves matérielles
 
Ce qui frappe depuis quasiment deux mois que dure ce procès, c'est une certaine approximation dans l'accusation.
 
"Ce ne sont pas les questions du tribunal qui permettront de lever le doute :  Que pensez-vous de la présence de mercenaires libériens en Côte d’Ivoire ? ou encore 3 000 personnes sont mortes pendant cette crise, quel est votre sentiment ? " avait écrit le correspondant du journal Le Monde à Abidjan
 
Le ton tourne plus à la conversation qu’à l’interrogatoire, dans une ambiance bon enfant.
 
Les avocats de l’Etat ivoirien tentent parfois de confondre les accusés en leur rappelant des propos publics virulents ou ambigus, des appels à la haine. A Martin Sokouri Bohui, chargé des élections au FPI, on reproche par exemple d’avoir déclaré pendant la campagne qu’Alassane Ouattara « n’était pas ivoirien et ne serait jamais président ».
 
Si l’accusation affirme que cette phrase a été relayée par la télévision nationale, elle est incapable d’en fournir l’enregistrement.
 
Face à la rareté des preuves présentées, la défense a ainsi le champ libre pour nier, ou simplement évoquer des trous de mémoire. Il sera ainsi difficile aux jurés de se fonder sur des éléments concrets pour se faire un avis au terme d’un procès qui ne semble pas les passionner.
 
"Je mets quiconque au défi de m’apporter une seule preuve pour me confondre face aux accusations d’'atteinte à la sûreté de l’État'", avait insisté Dogbo Blé.
 
"Que l’on me juge sur des faits et non pas sur ce que je pense. Celui qui m’accuse d’avoir commis des tueries massives, il n’a qu’à apporter des preuves." dixit Simone Gbagbo.
 
Pour la défense de Mme Gbagbo, le procès "est une grande blague", "indigne de la Côte d’Ivoire", regrette son avocate Habiba Touré. "Il n’y a rien, pas une preuve matérielle, concrète. L’instruction a duré trois ans, mais on n’a pas été capable de ressortir des faits".
 
"En voulant faire les choses dans la précipitation et en bâclant les enquêtes, en rendant ce genre de justice, l’Etat va contre ses propres intérêts", estime un responsable d’une ONG ivoirienne de défense des droits de l’Homme, résumant l’opinion de nombreux observateurs.
 
"Est-ce que le juge vous a confronté avec des preuves matérielles?", demandait l’avocat Rodrigue Dadjé à Roland Guibony Sinsin, un consultant également arrêté au domicile des Gbagbo. "Non", répond sobrement ce dernier. Consternation générale.
 
Aucun accusé ne reconnait les faits
 
Faute de débat contradictoire, les accusés, qui plaident tous “non coupable”, peuvent exposer longuement leur version des faits, transformant la cour d’assises en arène politique dans laquelle les pro-Gbagbo ont le micro – qui fonctionne mal -, où l’on rit parfois, où l’on ne reconnaît pas la victoire d’Alassane Ouattara, où l’on critique l’ONU pour sa supposée partialité…
 
Michel Gbagbo le répète : il est poursuivi parce qu'il est le fils de Laurent Gbagbo arrêté, en même temps que lui, dans sa résidence d'Abidjan, le 11 avril 2011.
 
 "Je me suis rendu au domicile de Laurent Gbgabo pour ma propre sécurité. J’ai connu une arrestation difficile, j’ai subi de nombreux sévices", a-t-il dit.
 
« Je n’ai aucune responsabilité dans aucune manifestation. Je n’ai jamais apporté de soutien à un jeune même avant la crise. Je n’ai jamais joué de rôle politique auprès de Laurent Gbagbo. Je n’étais ni à la présidence, ni à la primature", a-t-il ajouté.
 
Également accusée pour "crime contre l'humanité", la "Dame de fer" a par ailleurs démenti les accusations qui pèsent contre elle, faute de preuve matérielle, après trois ans d'instruction.
 
"À l'heure où je vous parle, je ne sais pas exactement quels sont les actes matériels qu'on me reproche(...) J’organisais plutôt des femmes à qui je demandais de résister contre l’embargo afin de pouvoir trouver des voies et moyens de nourrir les ivoiriens(...) Je n’ai pas envoyé de chars à Abobo " a plaidé Simone Gbagbo, à la barre, lors de sa comparution au tribunal d’Abidjan.
 
« Je n’avais pas d’arme, mes idées étaient mon arme. Chez Gbagbo, nous avions mis en place un comité pour débattre de la sortie de crise. En aucun moment, nous avions dit que nous allions nous attaquer à qui que ce soit. » a déclaré Aboudramane Sangaré, inspecteur général de l’Etat lors des faits.
 
A son tour de parole, Dakouri Tabley Philippe Henri ex-gouverneur de la Bceao a été catégorique. « Je ne me reconnais pas dans ces faits. Je suis dans ce procès comme un cheveu sur la soupe. J’ai été confronté à une rude bataille au sein de la Bad en tant qu’administrateur. Je suis un banquier monétariste, je ne suis pas un politicien. »
 
Quant à Sokouri Bohui Martin, il  est revenu sur son statut de député pour sa défense. « J’étais député au moment des faits. Pourquoi j’ai fait deux ans et demi de prison pourtant je suis député(...)Les combattants ont tout pris chez moi. Je suis une victime. J’étais malade avant les élections. Je suis allé me réfugier à la Pergola. »
 
« Je me suis rendu le 7 avril à la Pergola. Après le deuxième tour des élections, j’ai quitté chez moi parce que j’étais menacé et j’étais dans une zone décrétée zone rouge. Je suis pour la solidarité, l’unité et le respect des droits de l’homme », s’est défendu Lorougnon Maurice, directeur de l’administration et du territoire à l'époque.
 
Geneviève Bro Gregbe, ex-ministre des Sports et ancienne présidente des Femmes patriotes martelle :"Je ne suis pas une meurtrière. J'ai déjà fait la prison et je suis prête à y aller encore.la colère divine va s'abattre bientôt sur la Côte d'Ivoire." 
 
Nombre d’observateurs dénoncent en tous cas le manque de sérieux de la procédure. “En voulant faire les choses dans la précipitation et en bâclant les enquêtes, en rendant ce genre de justice, l’État va contre ses propres intérêts”, abonde un responsable d’une ONG ivoirienne de défense des droits de l’Homme.
 
2000 milliards de "dommages et intérêts"
 
Après les instructions des 83 accusés, les plaidoiries et les réquisitoires ont démarré ce 02 mars au procès des pro-gbagbo.
 
La partie civile a réclamé, la somme de 2000 milliards FCFA de ‘’dommages et intérêts’’ aux 83 Pro-Gbagbo, poursuivis pour atteinte à la sureté de l’Etat, constitutions de bandes armées, Xénophobie… devant la Cour d’assises d’Abidjan.
 
La justice Ivoirienne joue sa réputation internationale avec ce procès qui est qualifié par plusiers observateurs de politique.
 
 Le verdict de ce procès est attendus pour la fin de la semaine.