La situation à Fraternité Matin est “un indicateur de la gouvernance du pays”

Le journaliste et éditorialiste ivoirien, André Silver Konan a déclaré, lundi à Dakar, que « la situation de précarité à Fraternité Matin », le quotidien public ivoirien qui a renvoyé en novembre dernier 123 agents dont 11 journalistes, « est un indicateur de la gouvernance générale dans le pays ».


« Ce qui se passe à Fraternité Matin est que le gouvernement commandite un audit qui dévoile des problèmes de gouvernance au sein de l’entreprise et qui pointe la responsabilité de la direction générale », a dit d’emblée le collaborateur de l’hebdomadaire français Jeune Afrique depuis Abidjan, interrogé en marge d’un atelier régional organisé par l’ONG Amnesty International pour renforcer les capacités de journalistes africains sur la collecte et le traitement des informations liées aux droits humains.

Ainsi, a précisé M. Konan, « ce n’est ni un problème éditorial ni une carence des journalistes » de Fraternité Matin, journal édité par la Société nouvelle de presse et d’édition de Côte d’Ivoire (SNPECI), qui a motivé cette décision de licencier ces employés à cause d’une situation économique difficile suite à des « déficits cumulés de l’entreprise à -10 milliards FCFA à fin 2016 », d’après le directeur général adjoint, Nouho Abdel Serge.

« Le gouvernement décide de libérer des employés, y compris des journalistes. Ce n’est pas la solution. Ça pose la façon dont le pays même est gouverné », a déploré André Silver Konan, ne pensant toutefois pas que « la presse ivoirienne soit dans la précarité, mais elle travaille dans des conditions difficiles ».

« Il y a une chape de plomb qui pèse sur la presse ivoirienne, et c’est cela qui doit être dénoncé. Rares sont les journalistes qui sont critiques aujourd’hui vis-à-vis du pouvoir », a-t-il poursuivi, ajoutant que « soit ils ne sont pas libres soit ils se sont liés eux-mêmes ».

« Parce qu’ils ont fait allégeance au pouvoir ou à l’opposition. La presse libre et indépendante peine à trouver sa voie quoique ça existe quand même » en Côte d’Ivoire, a noté le journaliste ivoirien.

ODL/te/APA