Jean Louis Billon à propos du dialogue politique : « nous sommes méfiants »

  • 14/01/2021
  • Source : Autre Presse
Invité spécial de PDCI TV, Jean Louis Billon, s’est prononcé sur le dialogue politique entre le gouvernement et l’Opposition ivoirienne. Sur la question du dialogue, vous avez insisté sur la sincérité. Nous avons aussi vu le dialogue avec l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. En ce qui concerne les termes de référence, ils ne sont pas arrivés à temps. Est-ce que ceci explique que l’opposition ait différé sa signature ?

Comme le dit le dicton, chat échaudé craint l’eau froide. Nous sommes donc méfiants. Il faut des actes concrets pour que nous retrouvions la confiance. Il appartient au gouvernement de donner ces actes concrets. S’entendre sur une date d’élection aurait été un bon début. Répondre à la libération des prisonniers politiques aurait été un bon début. Entamer la réforme de la Commission électorale aurait été également un bon début. Ce sont de petites choses qui peuvent avoir de grands effets.


Un des éléments de ce dialogue était les législatives prochaines. Le gouvernement a fixé la date le 6 mars prochain. Est-ce que cette attitude vous rassure en tant que militant de l’opposition ?

Pas vraiment, dans la mesure où nous sommes dans un dialogue, nous aurions pu décider de la date ensemble. Ce sont des éléments de confiance. C’est vrai qu’il y a un gouvernement en place mais nous sommes une nation. L’ensemble des Ivoiriens est concerné par les élections locales. Donc il faut donner satisfaction à l’ensemble des Ivoiriens. Et il vaut mieux avoir des élections crédibles acceptées de tous que des élections calamiteuses. Si le dialogue n’est pas teinté de sincérité, vous avez toujours des élans d’instabilité. Donc j’aurais préféré qu’on s’accorde en commun sur une date. Et là vous avez un processus de dialogue qui entre dans la confiance. Ils décident autre chose, nous avons décidé d’aller aux élections et nous comptons les gagner.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est en quête de paix avec ce que nous avons connu. Est-ce que vous pensez que cette quête de la paix est possible aujourd’hui ?

La paix est toujours possible. Les êtres humains aspirent à une chose, c’est la paix. Si vous avez suivi les nouvelles, ce qui s’est passé aux Etas Unis est sans précédent. C’est dire comment les démocraties sont fragiles. Les propos des leaders peuvent attiser la haine, la violence pour fragiliser la paix. En Côte d’Ivoire, nous recherchons cette paix. Et depuis le coup d’Etat de 1999, nous recherchons cette paix. Nous n’avons jamais trouvé de stabilité réelle et continue. Au moment où le Pdci consolidait le Rhdp, nous avons connu une période assez longue de stabilité. A partir du moment où le Pdci s’est retiré, nous sommes dans une instabilité.

Les élections qui se sont passées ont été violentes avec des morts, des blessés. Ce n’était pas ce à quoi nous nous attendions mais nous devons construire la paix. La Côte d’Ivoire a connu cette période de croissance et de développement. L’ensemble des Ivoiriens doit se sentir par le processus de développement car trop d’Ivoiriens se sentent exclus. Nous avons le dialogue qui est l’arme des forts pour consolider la paix. Et tout le processus démocratique, la justice, l’équité sociale en général favorise la paix et permet à un pays d’amplifier sa croissance et son processus de développement. Nous devons à tout prix retrouver cette paix. Le Pdci qui est un parti de paix et de dialogue qui a été construit comme cela donc nous entrons dans le processus de dialogue parce que nous pensons à la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens. Ce n’est pas une faiblesse. Faisons les choses autrement.

Je pense qu’au terme du processus du dialogue, nous allons finir par nous entendre tous et construire la paix, la démocratie pour les Ivoiriens et pour le futur. Nous sommes le seul pays qui n’a pas connu d’alternance démocratique paisible où on voit un ancien président passer le flambeau à un nouveau président élu. Il est temps que les Ivoiriens nouveaux connaissent cela. C’est tout ce qui manque à la Côte d’Ivoire. Et lorsqu’on n’aura pas fait ce déclic-là, tout nous sera permis. Nous sommes forts culturellement, nous sommes forts économiquement, nous sommes forts socialement. Mais tant que nous n’arrivons pas à avoir une vraie démocratie, nous resterons faibles.