Insécurité/Tiassalé, N’douci, Divo, Sikensi, N’zianouan : Des coupeurs de route font la loi

  • 31/08/2016
  • Source : Lebabi.net
L’insécurité bat son plein sur les routes de Tiassalé, N’douci, Divo, Sikensi et N’zianouan, où des bandits armés s’attaquent aux motocyclistes.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il se propage désormais à des proportions inquiétantes. Il s’agit des coupeurs de route qui font la pluie et le beau temps sur les routes de Tiassalé, N’douci, Sikensi et Divo. La pratique qui semblait quelque peu s’estomper sur l’axe Tiassalé-N’douci-Sikensi, a repris de plus bel, depuis plusieurs mois.

Mais le véritable axe du mal, c’est Tiassalé-Divo où il ne se passe plus de semaine sans qu’on entende parler d’agression. La cible préférée de ces coupeurs de routes : les motocyclistes. Plus faciles à agresser que les passagers des véhicules de transport en commun, ces usagers font les frais des bandits armés.

Impunément ! Diaby Siriki alias Pagé est un opérateur économique, natif de Tiassalé. Il fait partie de cette catégorie de jeunes qui forcent l’admiration par leur courage et leur engouement à entreprendre. Malheureusement, ses activités économiques risquent de prendre du plomb dans l’aile parce qu’il sera contraint d’utiliser des béquilles, après avoir été attaqué, le vendredi 26 août, par le «gang à la Peugeot 406».

En effet, selon plusieurs victimes, les coupeurs de route qui sévissent dans la région sont à bord d’un véhicule ‘’Peugeot 406’’ de couleur grise tirant sur le noir. Après avoir masqué la plaque d’immatriculation du véhicule -dont les phares arrière ne s’allument pas-, ils attendent patiemment leur proie, les motocyclistes. Ils suivent d’abord discrètement ces derniers jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une zone où il n’y a pas assez de trafic.

Ensuite, ils passent à l’acte. Engageant ainsi une course-poursuite qui oblige les victimes à abandonner leur moto pour sauver leur peau. Le butin est ramassé et emmené. Les motocyclistes qui résistent sont rattrapés et percutés à mort. C’est le cas de Diaby Siriki dit Pagiet, un miraculé, encore sous le choc.

Allongé sur son lit d’hospitalisation au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Yopougon, Siriki qui attendait d’être opéré au genou gauche, raconte sa mésaventure : «Je me suis rendu, hier vendredi, avec un ami dans le village de Tolakro pour acheter des moutons que je devais aller revendre à Tiassalé, à l'occasion de la fête de la Tabaski. Nous avons discuté les prix des bêtes et avons convenu de revenir les chercher le lendemain; c'est-à-dire, ce samedi (Ndlr, avant-hier). Prenant la route pour Tiassalé, nous avons vu une voiture garée sur le trottoir en train de lancer des codes phares. C’était juste à la sortie du village de Dibikro.

Le conducteur nous faisait signe de passer. J'ai eu peur puisque la veille, j'avais appris qu'un jeune homme avait été agressé et dépossédé de sa moto sur la route de N’douci. J'ai alors fait savoir à mon ''petit'' assis à l'arrière de la moto que sa pourrait être les mêmes agresseurs. Il m'a dit que ça ne pouvait pas être eux, car il ne faisait pas encore nuit (Ndlr, il était 18H30) », explique Pagé.

Les deux amis prennent la menace au sérieux lorsqu’ils aperçoivent, à une vingtaine de mètres de là, une moto renversée et abandonnée, sans doute une victime. C’est trop tard ! Ils sont dans la ligne de mire des bandits armés de kalach et de pistolet automatique.

«On a aussitôt compris que notre vie était en danger. J'ai commencé à accélérer avec ma moto de marque ''Apache". Ils (Ndlr, les agresseurs) nous ont pris en chasse. On roulait vite, très vite jusqu'à l'entrée de Tiassalé. Au niveau de la scierie, on a commencé à ralentir parce qu'on s'est dit qu'ils allaient rebrousser chemin étant donné qu’on était déjà en ville. La voiture qu'on ne voyait plus s'est retrouvée brusquement devant nous. Notre moto a été violemment percutée et nous avons été projetés par terre », raconte-t-il.

Avant de poursuivre : «Mon ''petit'' a réussi à s'échapper et moi j'avais du mal à maîtriser le poids de la moto. Je ne savais plus ce qui se passait. Ils ont garé leur voiture un peu plus loin et ont éteint le moteur. Ils se sont entretenus. Pendant ce temps, j'ai utilisé les dernières forces qui me restaient et j'ai rampé pour me cacher ».

Diaby Siriki alias Pagé ne pouvait pas aller très loin car lorsqu’il rampait, confie-t-il, son genou endommagé sortait de sa cavité. «Je ne pouvais pas tenir débout. J'avais mal. Je criais en silence, je priais. J'ai cru que j'allais y rester quand j'ai vu mon sang couler sur les herbes. J'ai décidé de faire un garrot », raconte-t-il, la voix étreinte par l’émotion.

«Ils ont allumé la moto et leur voiture et sont rentrés dans la ville (Ndlr, Tiassalé). J'ai enlevé mon téléphone et j'ai appelé du secours», relate la victime évacué au CHU de Yopougon, après avoir reçu les premiers soins à l’Hôpital général de Tiassalé. Au moment où nous mettions sous presse  (dimanche 28 août à 19H), l’on nous a informés que deux nouvelles victimes avaient été enregistrées dont un conducteur de moto-taxi.

Cette attaque, selon nos sources, s’est produite sur la voie qui mène dans le village de Bacanda. On le voit, aucun axe n’est épargné par ces bandits. Le tronçon Tiassalé-N’zianouan est tout aussi dangereux.
 
CCDO, «venez nous sauver» !
 
La liste des victimes de ce réseau mafieux s’allonge au fur et à mesure que les jours passent. Et, ces individus sans foi ni loi narguent les forces de l’ordre qui se plaignent du manque criard de moyens d’intervention. «Nous ne sommes pas suffisamment équipés pour intervenir.

Dans ces conditions, nous ne pouvons pas aller sur le terrain. On est obligé de mener les enquêtes jusqu’à aller cueillir ces malfrats chez eux à la maison. Ils habitent dans la ville mais on ne sait pas exactement où», confie une source policière qui a requis l’anonymat.

A en croire ce flic en poste à Tiassalé, ces coupeurs de route ont changé de mode opératoire. Avant, ils mettaient des cordes pour faire tomber leurs cibles mais aujourd’hui, ils sont à bord de véhicules. «Ce sont effectivement des braqueurs. Ils sont armés et dangereux.

Ils repèrent des motocyclistes qui sortent de la ville et les suivent discrètement jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une zone où il n’y a pas trop de véhicules. Nous avons enregistré beaucoup de plaintes. Après les premières investigations, il ressort que c’est un phénomène lié à des ex-combattants démobilisés.

Il faut gérer cela avec beaucoup de diplomatie. On ne peut rien dire de plus à ce stade de l’enquête», poursuit notre source. Face à cette à la recrudescence de l’insécurité, il est important que le CCDO (Centre de coordination des décisions opérationnelles) vole au secours des populations, en appuyant les forces locales (Police et Gendarmerie) dans les patrouilles.

Mais pour cela, le Préfet de département doit d’abord introduire une demande auprès du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. Vivement que des unités du CCDO viennent en renfort pour assurer la sécurité des biens et des personnes !
 
Ben Ayoub