Guillaume Soro : « On va finir avec cette affaire de politiciens-là »

Le président du Comité politique (Cp), Guillaume Kigbafori Soro, a reçu, à sa résidence de Marcory résidentiel, le dimanche 10 mars 2019, une délégation de la Mutuelle des ressortissants de Grand-Béréby à Abidjan, conduite par le député Sarré Gnépo Edmond. Le député de Ferkessédougou a fait de graves déclarations, et a rendu hommage au général Kassaraté Tiapé Édouard. Il a levé un coin du voile sur la disparition du sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB, au plus fort de la crise post-électorale, en 2011. Nous vous proposons de larges extraits de cette déclaration.


Monsieur le député, vous avez dit quelque chose qui est important ; vous avez dit que vous êtes venus pour me saluer en des moments difficiles. Mais moi, je ne trouve pas ces moments difficiles. On m’a plutôt mis dans mon élément naturel (rires et applaudissements). C’est comme si on te dit que foutou est tombé dans sauce. (…)

Vous savez, je vais vous dire une chose : il y a deux types de politiciens ; il y a des gens qui viennent à la politique pour des postes. Ils font des calculs : si je rentre ici, voilà ce que j’obtiens ou soit avoir une nomination. Ils viennent à la politique pour de l’argent, ils viennent à la politique pour des grades. Moi, je ne suis pas venu à la politique pour être nommé. Et il y a d’autres personnes qui sont en politique par vocation. Moi, j’avais 20 ans, quand je commençais le syndicalisme : la première prison que j’ai eu à faire en Côte d’Ivoire, j’avais 21 ans. On m’a mis à l’école de police. Donc je ne suis pas venu à la politique pour manger ou pour chercher poste. Donc, quand tu connais la politique, il faut bien regarder à qui tu as affaire. Moi, je suis venu à la politique d’abord par le syndicalisme, par conviction, vocation je dirais. À cette époque, j’avais quel âge ? J’avais 21 ans ; déjà à ce moment, on me proposait de me donner bourse pour aller étudier au Canada. On me proposait l’argent par-ci, par-là, je ne l’ai pas fait. C’est pourquoi, je regarde les gens et je souris. Il n’y a pas de propositions que moi, je n’ai pas entendues ici dans ce pays. Et en plus, les gens bavardent inutilement, que si Guillaume ne vient pas au Rhdp, il ne sera rien. Est-ce que moi, c’est Rhdp que j’ai attendu pour vivre ici dans Abidjan-là. Rhdp est né quand ? J’ai été l’homme de l’année en Côte d’Ivoire en 1997. Alassane (Ouattara) ne savait même pas qu’il allait un jour devenir président. Ils m’ont mis dans mon élément naturel. Cela fait 8 ans, je ne parle pas, maintenant je vais parler (applaudissements).

Il y a deux types de politiciens : les politiciens opportunistes, démagogues qui viennent pour des postes, et qui croient que la vie se limite à des postes, à l’argent. Et il y a d’autres, c’est une vocation, c’est une conviction, qui ont des principes, qui respectent les valeurs cardinales morales, qui considèrent que la politique ne doit pas servir pour écraser les autres, pour humilier les autres. La politique, je veux bien, n’est pas du sentimentalisme mais c’est d’abord et avant tout de l’humanisme. L’homme doit être au cœur de la politique. Comment veux-tu que moi je crois que tu es quelqu’un qui peut développer un pays si déjà à la base, tu commences à être ingrat, méchant avec ton voisin ? Comment veux-tu être gentil avec ceux que tu ne connais pas quand avec Sarré Edmond, le minimum tu ne le fais pas ?

Aujourd’hui, ceux qui semblent être bruyants et nombreux, ce sont les politiciens de postes, de l’argent. Tu vois des gens désemparés, quand on les oblige à militer au Rhdp, moi j’ai honte ; quelle image voulez-vous donner à vos enfants à la maison ? Mais enfin, un peu de dignité ! Toi-même tu sais que tu n’es pas d’accord, et puis tu t’en vas t’asseoir là-bas mais arrête ! Reste à la maison, tu n’es pas obligé. Mais enfin ! Ton ami garçon t’oblige à rentrer dans un parti, alors que ton cœur n’y est pas mais tu t’en vas t’asseoir là-bas, quand télévision veut te filmer, tu veux te cacher (rires et applaudissements). Moi, vraiment cela me désole parce qu’on s’est battus dans ce pays pendant plus de 20 ans, 30 ans, ce n’est pas pour aboutir à ce genre de politiciens alimentaires qui courent de parti en parti, juste pour des postes. On va finir cette affaire de ce genre de politiciens-là, il faut que cela s’arrête (applaudissements). Ce que tu n’as pas semé, tu ne peux pas récolter. Il faut qu’on apprenne chacun à travailler, on ne peut pas continuer comme ça.

État-Rhdp

En plus, il faut séparer l’État de la politique. Je ne suis pas d’accord qu’on dise à un fonctionnaire d’aller militer dans un parti politique sous la contrainte. Je ne suis pas d’accord. C’est le retour au parti-État, arrêtons, ce n’est pas bon. Renvoyer des Dg pour leur coloration politique, et les Ivoiriens sont là, spectateurs !? C’est une faute, parce que l’État, c’est l’État. Le parti, c’est partisan. Vous êtes dans le parti, vous vous battez pour accéder au pouvoir. Mais quand vous arrivez au pouvoir, vous allez chasser tout le monde ; c’est ça qui retarde l’Afrique. Il y a des grands commis de l’État, des hauts cadres dont l’État a financé la formation à coups de millions ; ils sont au-dessus des colorations politiques ; vous devez pouvoir les utiliser ; qu’ils soient Fpi, Pdci, Rdr, peu importe ! C’est un cerveau qu’on doit mettre à la disposition de l’État...


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