Côte d’Ivoire : deux journalistes condamnés à une amende pour avoir publié un communiqué, RSF et l’intersyndicale dénoncent un abus

  • 01/06/2020
  • Source : Lebabi.net
Les Directeurs de Publication des quotidiens  ‘’Le Nouveau Réveil’’ (opposition) et ‘’Soir Info’’ (indépendant) ont été condamnés ce mardi 31 mars 2020 à payer une amende de 2,5 millions de fcfa chacun pour divulgation de fausses nouvelles 

Ils sont accusés d’avoir publié dans leurs colonnes respectives, la lettre du collectif d’avocats du député Alain Lobognon faisant état de sa santé précaire à la prison d’Agboville (76 km d’Abidjan).

Le jeudi 26 mars 2020, dans un communiqué abondamment repris dans la presse, surtout sur les réseaux sociaux et les sites d’information, les conseils du détenu s’inquiétaient de la santé de leur client estimaient « avant qu’il ne soit trop tard, il est plus qu’impératif que le Député Alain Lobognon, dont la vie est gravement en danger, soit, sans délai, conduit dans un centre de santé adéquat et en accord avec son médecin traitant. Cela permettra également de déterminer avec exactitude le mal dont il souffre. »

Suite à la publication de cette lettre, le directeur de l’administration pénitentiaire, le Magistrat Boubakar Coulibaly, a fait une apparition au JT de 20h pour apporter un démenti, assurant que le prisonnier est en bonne santé.

Lundi, les deux DP ont été convoqués, pour mardi, devant la brigade de recherches sur instruction une fois de plus du Procureur de la République, Ados Richard.

Après leur audition, ils ont été déférés devant le parquet pour comparution immédiate. C’est à la suite de l’audience qu’ils ont été mis au courant de leur peine.

Reporters Sans Frontières (RSF) Côte d’Ivoire dont le représentant a assisté au procès est immédiatement monté au créneau pour dénoncer sur twitter : «  Au-delà de se son cratère grotesque, cette condamnation, et les récentes sanctions visant les journalistes, portent sérieusement atteinte à la liberté de la presse en Côte d’Ivoire. Un signal inquiétant à l'heure du Covid 19 et de l'élection présidentielle à venir. »

Poursuivant, l’association s’est interrogée « depuis quand l'appréciation d'une situation par des avocats et sa diffusion par la presse est-elle un délit justifiant des poursuites et de lourdes amendes? ».

Plutôt dans la journée, c’est l’Inter-syndicale du secteur des médias en Côte d’Ivoire (ISMCI) qui a dénoncé dans une lettre au procureur intitulée « Trop, c’est trop » pour demander « la pure liberté de nos camarades convoqués » et « que cessent les lourdes amendes infligées aux entreprises de presse ivoiriennes, ployant déjà sous le poids des charges insupportables. »
 
En début de mois, le directeur de publication Yacouba Gbané et un journaliste du Temps, quotidien ivoirien proche de l'ex-président Laurent Gbagbo, ont été condamnés à des amendes de cinq millions de francs CFA chacun pour ‘’diffamation’’. Ils ont été jugés en comparution immédiate, pour "atteinte à l'honorabilité et à la considération de plusieurs membres du gouvernement", après un article intitulé: "Fraude au sommet, corruption: la Côte d'Ivoire, un véritable Etat voyou!".

Ahopol