Coronavirus : le long chemin pour aboutir à un vaccin

Dans le cas des précédentes crises sanitaires dues à des coronavirus, le Sras et le Mers, la communauté scientifique n’avait pas pu trouver de vaccin avant la fin des épidémies. Les chercheurs peuvent-ils, cette fois-ci, gagner cette course contre la montre ?


Vaccin contre coronavirus. C’est un combat en apparence inégal. Depuis la découverte à Wuhan (centre de la Chine) du nouveau virus, fin décembre, le bilan de l’épidémie s’alourdit quotidiennement. Au dernier décompte, mercredi 29 janvier, plus de 6 000 personnes ont été atteintes, et 132 sont décédées. Face à la rapidité de la propagation, la course pour découvrir un vaccin efficace s’annonce comme un marathon de longue haleine.

Des chercheurs universitaires, des laboratoires pharmaceutiques et des start-up spécialisées sont pourtant mobilisés dans le monde entier depuis le 10 janvier, date à laquelle des scientifiques chinois ont rendu public le génome de ce cousin “germain” du Sras, le syndrome respiratoire aigu sévère qui avait entraîné la mort d’environ 800 personnes entre 2002 et 2003.

B.a.-ba de la virologie

Si l’histoire venait à se répéter, il faudrait attendre des mois, voire des années avant qu’un vaccin soit disponible pour traiter les malades. Dans le cas du Sras, il avait été mis au point au bout de 20 mois et n’a jamais été utilisé car l’épidémie avait pu être éradiquée avant. Le Mers, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, apparu en 2012 et qui a presque totalement disparu, attend toujours son vaccin.

À chaque apparition d’un nouveau virus, les scientifiques se retrouvent devant une page blanche, explique le New York Times. C’est le cas avec le coronavirus de Wuhan. À l’heure actuelle, les équipes scientifiques tentent d’identifier les types de cellules cultivées en laboratoire qui sont sensibles à cet agent pathogène, “ce qui est le préalable à toute recherche de vaccin”, souligne Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l’Inserm au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, contacté par France 24. Une fois cette étape franchie, les chercheurs pourront “tester [sur ces cellules, NDLR] quelles sont les molécules qui peuvent être efficaces contre le virus”, poursuit cet expert.

C’est le b.a.-ba de la virologie depuis des décennies. Mais cette fois-ci, la communauté scientifique pense pouvoir atteindre des résultats plus vite que lors des dernières épidémies. D’abord parce que la collaboration internationale est bien mieux organisée qu’en 2002. Depuis 2016, il existe même une alliance internationale pour l’innovation dans la recherche de vaccin – le Cepi – dont le but est de financer les efforts de lutte contre les pandémies. Elle a annoncé, le 23 janvier, l’octroi de 13,5 millions de dollars à trois équipes de recherche pour accélérer le développement d’un vaccin.

Héritage du Sras et du Mers

La science a aussi appris des tâtonnements de la recherche après l’avènement du Sras et du Mers. Du fait des travaux déjà effectuées “il y a une véritable expertise aujourd’hui avec des nouvelles technologies disponibles offrant plusieurs options de vaccins”, souligne Manuel Rosa-Calatrava. La proximité génétique entre le coronavirus de Wuhan et le Syndrome respiratoire aigu sévère de 2002 ajoute une corde à l’arc des chercheurs. Ainsi, une équipe de l’Institut national américain (NIH) de la santé avait développé une méthode spécifique pour élaborer des vaccins contre le Sras, qui peut servir de “modèle pour travailler sur le nouveau coronavirus et ainsi accélérer le processus”, explique au New York Times Kizzmekia Corbett, une scientifique du NIH.

Autant d’éléments qui font que des équipes de scientifiques, comme celle de l’université du Queensland en Australie, espèrent pouvoir trouver un vaccin candidat en 16 semaines. Un délai qui semble “raisonnable”, à Manuel Rosa-Calatrava du Centre international de recherche en infectiologie de Lyon.

Mais ce ne serait qu’une première étape. Il faudra ensuite soumettre le précieux remède à une batterie de tests cliniques, aussi bien sur des animaux que sur des êtres humains. Le nouveau vaccin doit aussi obtenir les autorisations réglementaires nécessaires pour pouvoir être mis sur le marché. “Typiquement, c’est un processus qui prend plusieurs années, mais dans un contexte sanitaire comme celui-ci, les délais peuvent être raccourcis”, note Manuel Rosa-Calatrava. Dans le meilleur des cas, un vaccin pourrait être disponible l’année prochaine, résume Science Mag, le magazine de l’Association américaine pour l’avancement des sciences.

Le risque des mutations

Les vaccins ne sont, cependant, pas la seule réponse à un virus comme celui-ci. D’autres formes de traitement sont également en cours d’élaboration. Ainsi, l’unité pour laquelle travaille Manuel Rosa-Calatrava cherche actuellement à repositionner des médicaments déjà existants pour soigner les personnes affectées par le coronavirus de Wuhan. Le repositionnement est une technique qui consiste à “proposer et valider une nouvelle indication thérapeutique pour un médicament déjà sur le marché”, explique le chercheur français. En l'occurrence, son équipe a découvert qu’un médicament déjà existant pouvait potentiellement servir à soigner le Mers et essaie actuellement d’établir s’il pouvait aussi traiter le nouveau virus. “Il y a un avantage évident en terme de sécurité, car on a déjà du recul sur ces médicaments dont on connaît déjà les éventuels effets secondaires par exemple”, explique-t-il.

Reste que le temps nécessaire au développement d’un vaccin ou d’un traitement peut représenter un handicap dans la lutte contre un coronavirus. Ces agents pathogènes ont, en effet, la fâcheuse tendance à muter. En d’autres termes, un vaccin, élaboré à partir d’une souche du virus récupérée au début de l’épidémie, peut très bien ne plus être efficace contre une forme légèrement différente du coronavirus en circulation lorsque le remède est fin prêt pour être distribuée à la population. Manuel Rosa-Calatrava reconnaît que ce risque existe, mais estime que ce n’est pas un obstacle majeur. “Il suffit d’identifier la souche majoritaire pour minimiser le problème de la mutation”, assure-t-il. Et si le vaccin permet d’endiguer cette forme la plus répandue du coronavirus, la tâche des autorités pour contenir la propagation de la maladie en serait fortement facilitée.