Célébration / En prélude à la fête de la musique : Universitaires, artistes et activistes ouvrent le débat à Abidjan sur “la politique de la rue’’

  • 19/06/2014
  • Source : L'Intelligent d'Abidjan
Le 21 juin 2014 sera célébré à Abidjan – comme partout dans le monde, la fête de la musique. Sur la scène de l’Espace Canal aux bois de Trechville, vont se succéder les artistes, les voix du rap ouest-africain, Didier Awadi du Sénégal, les Ivoiriens Kajeem et Nash et les burkinabè Smokey et Smarty (Prix découvertes Rfi 2013).

 En prélude à ladite célébration, ces artistes auront droit à la parole à l’occasion d’un colloque du 19 au 21 juin qui aura lieu à l’amphithéâtre de l’Ensea, à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody. Avec des universitaires maîtres de séance à la tribune, ces artistes, pour la plupart membres de mouvements sociaux dans leur pays respectifs, débattront du thème «Politique de la rue : Citoyenneté et prise de parole dans les espaces publics en Afrique de l’Ouest». Selon les organisateurs et responsables scientifiques, le professeur Richard Banégas (Ceri – Sciences Po Paris) et Abdramane Kamaté, le Directeur général adjoint de l’Institut français d’Abidjan, «la rencontre d’Abidjan sera l’occasion des échanges et de projections et de débats publics, mais aussi de projections de films (à l’Institut Goethe) et de la vulgarisation de performances artistiques qui donnent à voir ces engagements sociaux dans toute la diversité et leur pluralité». Des «Agoras» patriotiques et «Grins» à Abidjan, au «Balai citoyen» au Burkina Faso, en passant par «Mercredi rouge» au Bénin, ou le mouvement «Y’en a marre» au Sénégal, l’on observe – depuis le printemps arabe, une «riche actualité de ce phénomène de mouvements civiques» en Afrique de l’Ouest. Les artistes à l’image des rappeurs Simon Kouka de «Y’en a marre» ou Smokey du «Balai citoyen» ne sont pas en marge de cette prise de parole sur l’actualité sociale et politique. Ce qui incite, de l’avis des organisateurs dudit colloque, à ouvrir un espace de débat qui implique autant les chercheurs que les artistes et les activistes de la société civile pour permettre la réflexion sur les nouvelles formes de prise de parole dans l’espace publique. 
 
S’agit-il de lieux contre-hégémoniques, propices à l’émancipation citoyenne ou, au contraire, des instruments de dépolitisation et de subordination à un ordre postcolonial, fut-il nouvellement délibératif ? Que dit ce phénomène sur les conceptions de la souveraineté en vigueur dans telle ou telle société et sur la manière dont sont pensées les formes légitimes de la participation politique et de la prise de parole en Afrique ? Ce sont, entre autres, autant de questions que le colloque tentera d’éclaircir et d’éclairer «par une comparaison des expériences et un croisement des approches académiques, artistiques et activistes». 
A l’ouverture du colloque, la conférence inaugurale portant sur «Art et politique : l’autre panafricanisme» sera prononcée par l’Ivoirien Yacouba Konaté de l’Université FHB d’Abidjan. Quand Mamadou Diouf de Columbia University de New York se prononcera sur «Les jeunes, l’espace public et l’entreprise démocratique : Une perpective historique». 
 
Dans des ateliers prévus, les artistes-rappeurs Smockey et Didier Awadi retraceront les «Itinéraires de l’engagement et de la prise de parole publique» quand leurs amis, Simon Kouka et Kajeem donneront, en ce qui les concerne, l’occupation de l’espace, les «Modes d’action et l’esthétique de la contestation», etc. Une projection suivie de débat autour du film d’Audrey Gallet «Boy saloum, la révolte des Y’en a marre» est prévue le 19 juin au Goethe Institut. 
Koné Saydoo