Appareils électroménagers, téléphones, ordinateurs, batteries usagés: Déchets électroniques, l’urgence d’une solution

Evalués à au moins 90 000 tonnes en Côte d’Ivoire, ces rebuts alimentent une économie informelle opaque, en même temps qu’ils menacent l’environnement et la santé publique. Le gouvernement a décidé d’agir.


Marcory-Anoumabo. Sur 26 000 m2, face à la lagune Ebrié, des montagnes de vieux réfrigérateurs, de postes de télévision, d’ordinateurs, de climatiseurs ou d’imprimantes hors d’âge s’entassent. Dans cet immense capharnaüm fait de bric et de broc, une nuée d’individus tels des fouille-poubelles s’échinent à démanteler ces appareils pour leur donner une seconde vie.

Adama est présent sur ce site depuis 2009. « Certains les appellent les déchets de la honte. Mais pour moi, c’est une source de vie. Je tire mes revenus du démantèlement et du recyclage de ces objets, ce qui me permet d’assurer le quotidien de la famille ».

Comme lui, d’autres ferrailleurs s’activent dans cette casse dédiée aux déchets d’équipements électriques et électroniques plus connus sous le vocable DEEE ou D3E. La « marchandise » pour ainsi dire, provient de partout. Il y a d’abord, souligne Soro Mamadou, le président de l’Association des ferrailleurs des casses modernes de Côte d’Ivoire (Afecam-CI), la provenance locale. Il s’agit, en réalité, d’appareils collectés sur place, généralement dans le District d’Abidjan, par le biais de collecteurs informels pour le compte des ferrailleurs de la casse d’Anoumabo. Ceux-ci les achètent alors à des prix dérisoires, 500 Fcfa pour un téléphone portable ou 2 500 à 5 000 FCfa pour un téléviseur.

Cette collecte d’objets électriques et électroniques hors service se fait de façon informelle par des particuliers allant de maison en maison, ou d’un bureau à un autre. Il y a trois ans, une entreprise de téléphonie mobile de la place s’est associée à d’autres organisations pour lancer des opérations de récupérations d’appareils électroménagers désuets en vue de leur recyclage sur des sites aménagés à cet effet. L’opération aura permis de collecter et de recycler 72 tonnes de déchets : une goutte d’eau dans l’océan. Les déchets d’équipements électroniques et électroniques sont évalués, selon des sources officielles, à environ 90 000 tonnes !

Outre le fait que ces opérations épisodiques et à courte échelle sont largement insuffisantes pour régler le problème des D3E en Côte d’Ivoire, il y a surtout le fait que la plus grande partie de ces objets périmés présents sur le territoire provient de l’importation directe. Selon le président de l’Afecam-CI, des importateurs débarquent à Abidjan, en vrac, des appareils dits de deuxième main qu’ils vendent en gros à des acheteurs, sans les tester.

Les acheteurs, après avoir fait le tri de ce qui peut fonctionner encore, revendent le reste des objets à des ferrailleurs qui, par la suite, déploient des trésors d’ingéniosité pour les démanteler et recycler ce qui peut l’être, de façon artisanale. Le gros lot des carcasses inutilisables se retrouve alors dans des décharges en plein air, quand d’autres objets contenant des matériaux précieux comme l’or ou le cuivre sont brûlés, dégageant des fumées toxiques dommageables pour la santé humaine.

Des pratiques contraires au droit international, mais qui perdurent, avec une sorte de mafia internationale entourant des circuits d’exportations frauduleux mais très lucratifs. La Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières des déchets et leur élimination, tout comme, en Afrique, la Convention de Bamako sur l’interdiction d’importer en Afrique des déchets dangereux et la Convention de l’Organisation Internationale du travail (OIT) sur la sécurité et la santé des travailleurs, interdisent en effet ces pratiques. Mais les textes sont contournés par des entreprises européennes pour la plupart qui exportent les déchets hors Union européenne, principalement en Afrique de l’Ouest, souvent en déclarant ces produits prohibés comme étant des appareils d’occasion.

Des déchets importés frauduleusement

Et c’est là où le bât blesse. L’importation massive des déchets électriques et électroniques, et le traitement artisanal de ceux-ci, tel qu’il se déroule actuellement constitue une perte économique réelle pour le pays au regard des bénéfices qu’une filière de recyclage moderne et régulée pourrait engendrer, en même temps qu’il représente un danger sanitaire réel à la fois pour les ouvriers qui désossent les appareils usagés à mains nues et les populations environnantes qui inhalent les fumées toxiques issues de la combustion des carcasses aux composantes chimiques nocives...


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