Verra-t-on un jour la fin de la pauvreté dans le monde?

La Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, le 17 octobre, est l’occasion de faire le point sur la misère qui frappe toujours des millions de personnes autour de la planète. Malgré les « a priori », la pauvreté ne cesse de diminuer dans le monde.


C’est une excellente nouvelle : l’extrême pauvreté dans le monde régresse. Selon la Banque mondiale, le nombre d’habitants vivant au-dessous du seuil de 1,9 dollar par jour est passé de 1,9 milliard de personnes à environ 700 millions entre 1990 et 2015. C’est donc une réelle victoire face à la pauvreté.

Les succès enregistrés dans les pays d’Asie de l’Est et du Sud sont en grande partie dus à leur forte croissance économique de ces dernières décennies. En Chine, le taux de pauvreté est passé de 67% à environ 5% en une vingtaine d’années. Et cette analyse se confirme dans de nombreux pays en développement.

Mais pourtant, des zones noires subsistent : des pays en zone de conflit voient leur taux de pauvreté croître, comme c’est le cas en Syrie ou au Yémen. Le changement climatique a aussi une grande part de responsabilité dans les situations de misère. Il est, selon Oxfam, le pire ennemi de la lutte contre la faim.

« Les sécheresses, inondations et autres aléas climatiques imprévisibles perturbent les cycles des cultures et entraînent des pertes de récoltes », et donc une hausse de la pauvreté des populations touchées. À noter que paradoxalement, famine et obésité sont tous deux des signes de pauvreté.

Le pessimisme domine pour l’Afrique subsaharienne

En 2050, près de 90% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté vivront en Afrique subsaharienne d’après la Banque mondiale, et cela même si les économies nationales de cette zone géographique progressent en matière de lutte contre la misère.

Au palmarès du pire figure le Nigeria. Cet État africain a dépassé l’Inde (dont le taux de pauvres diminue bien que le pays est toujours en 2e position parmi les plus pauvres de la planète) en termes de misère : près de la moitié de la population nigériane, soit environ 86 millions de personnes, vit dans une situation d’extrême pauvreté. Selon le rapport du World Poverty Clock, six Nigérians par minute sombrent dans la pauvreté.

Il y a cent ans, l’extrême pauvreté frappait 94% de la population du globe. Moins de 10% de la population aujourd’hui souffre de misère extrême. De remarquables progrès ont donc été réalisés. Mais il reste encore beaucoup à faire. D’autant que si la pauvreté baisse, les inégalités dans le monde progressent.

En 2018, rappelle Oxfam, 26 milliardaires possèdent autant d’argent que la moitié la plus pauvre de la planète. Un exemple qui parle : le patron d’Amazon, Jeff Bezos, détenait en 2018 une richesse de 112 milliards. En comparaison, le budget santé de l’Éthiopie correspond à 1% de sa fortune.

Cette année, le Prix Nobel d’économie a été attribué à trois personnages qui étudient la pauvreté. La Franco-Américaine Esther Duflo, l'Indien Abhijit Banerjee et l'Américain Michael Kremer travaillent pour essayer de connaître les moyens concrets et ciblés pouvant réduire la pauvreté. Un signe de volonté et d’espoir pour que la lutte contre la misère s’amplifie aux quatre coins de la planète et que la pauvreté ne soit plus présente que dans les livres d’histoire.


Un jeune mendiant à Daura, au Nigeria, en février 2019.PIUS UTOMI EKPEI / AFP

■ La pauvreté sévit aussi en France

Si la France ne fait pas partie des pays où la pauvreté est considérée comme un fléau, selon les instances internationales, elle n’en est pour autant pas épargnée. La situation est même en train de s’empirer.

En 2018, la pauvreté atteignait 14,7% de la population dans l’Hexagone selon une note de l’INSEE. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est considérablement accru.

Près de 9,3 millions de Français vivent avec moins de 1 050 euros par mois, ils étaient 8,2 millions en 2017. Parmi eux, la moitié a moins de 30 ans. Pire, quelque 30 000 enfants vivent avec un parent SDF.

Pourtant, le plan pauvreté a été lancé il y a tout juste un an par Emmanuel Macron dans le but d’éradiquer ce fléau. Mais, parallèlement, le président français a pris des mesures sociales et fiscales qui ont appauvri la population qui était déjà la plus précaire. À noter également que les migrants, souvent en situation de pauvreté, ne sont pas comptabilisés dans les chiffres rendus publics par l’INSEE.

La croissance est dans le vert, la baisse du chômage aussi, et malgré tout il y avait en mars de cette année 1,83 million de personnes qui percevaient le RSA (Revenu de solidarité active, environ 560 euros/mois). « Il y a eu une volonté politique affichée, mais qui n’a pas été suivie d’efforts », regrette Hubert Trapet, président d’Emmaüs France sur RFI. « Et il y a toute une série de situations qui, de fait, n’ont pas été traitées. »


Une équipe du Samu social de Paris aux côtés de deux personnes sans-abri.Ariane GAFFURI/RFI