Législatives sans l’opposition au Bénin : un scrutin joué d’avance à l’issue d’une campagne sous tension

Quelque 5 millions de Béninois sont appelés aux urnes, dimanche, pour des élections législatives inédite dans le pays depuis l'avènement du multipartisme : aucune liste d'opposition n'y participe. Au terme d'une campagne qui a vu monter les tensions politiques, les craintes de perturbations du scrutin, voire de violences, sont réelles.


Le déroulement pacifique du vote de ce dimanche 28 avril est un enjeu majeur, tout comme le taux de participation des électeurs. Ces derniers, environ 5 millions, sont tiraillés entre les consignes de vote et appels au civisme des partis de la mouvance et les appels au boycott lancés par l’opposition, qui a tenté en vain de faire stopper un processus électoral dont elle a été exclue.

Craintes de violences

À deux jours du scrutin, les craintes de voir des violences éclater lors des opérations de vote se font insistantes. Et les consignes de sécurité diffusées par plusieurs représentations diplomatiques à leurs ressortissants et personnels – dont celles du Nigeria, des États-Unis ou encore de la France – sont vues par certains comme autant d’« indices de violences électorales à venir », estiment les plus inquiets.

« Il est rappelé à tout le personnel des Nations unies en poste ou en mission au Bénin que toutes les missions de terrain sur toute l’étendue du territoire national sont suspendues pendant la période allant du jeudi 25 avril au mercredi 1er mai 2019 inclus », a ainsi prévenu le coordonnateur résident du système des Nations unies, Siaka Coulibaly. « Une précaution habituelle », tempère une source onusienne.

Il y a dix jours, déjà, la Conférence épiscopale du Bénin a exhorté les uns et les autres à «user de leurs prérogatives pour préserver à tout prix la paix et l’unité nationale par l’organisation d’élections législatives inclusives », dans un message intitulé « La paix, une fleur fragile ».

L’opposition n’a pas obtenu le report de l’élection


L'ex président béninois Yayi Boni lors d'une conférence de presse à l'Élysée le 10 novembre 2015. © Francois Mori/AP/SIPA

''S’ENTÊTER, C’EST DÉTRUIRE NOTRE HÉRITAGE DÉMOCRATIQUE, DÉCRÉDIBILISER ET ISOLER NOTRE PAYS AU PLAN INTERNATIONAL''

En cause, une tension qui est allée crescendo, ces derniers semaines. Jusqu’aux derniers jours de la campagne, l’opposition a tenté de se faire entendre. En organisant des manifestations de « résistance » à ce qu’elle dénonce comme une dérive autoritaire du pouvoir, d’abord, à l’image de celle du 19 avril.

Les anciens présidents Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi ont alors pris la tête d’une foule de militants pour exprimer leur colère dans les allées du marché Dantokpa, à Cotonou, le plus grand du pays. Durement réprimée par les forces de l’ordre, cette manifestation n’avait cependant pas rassemblé aussi largement que l’espéraient les leaders de l’opposition...


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