Il y a 32 ans jour pour jour, un séisme faisait 10.000 morts au Mexique

  • 20/09/2017
  • Source : lefigaro.fr
Alors que le Mexique subit un séisme majeur, retour sur le terrible tremblement de terre de 1985: plus de 10.000 morts, des dizaines de milliers de blessés, des quartiers entiers dévastés. Le Figaro y était.

C'est le même cauchemar qui se répète. Quand la terre s'est mise à trembler hier à Mexico, cela faisait exactement 32 ans qu'un seisme de magnitude 8,2 avait ravagé la capitale et tué plus de 10.000 personnes. Un traumatisme qui rend encore plus pénible les heures d'épouvante vécues par les Mexicains.

Le 19 septembre 1985, Jean Miot, le directeur délégué du Figaro se trouvait à Mexico. C'est un témoignage saisissant qu'il livre alors aux lecteurs: immeubles éventrés ou abattus, cadavres alignés mais également la solidarité sans faille des habitants alors que les répliques menacent.

Article paru dans Le Figaro du 21 septembre 1985

«Dans le centre de Mexico en ruines les rescapés s'embrassent»

Sous la couverture, deux petits pieds chaussés de socquettes blanches. Les corps s'alignent côte à côte. Certains que l'on devine déforment à peine le voile qui a été jeté sur leurs pauvres dépouilles laminées par les tonnes de béton des huit ou dix étages qui les ont écrasés.

Depuis 8 heures jeudi matin une fourmilière s'active devant les monstrueux amas de ferrailles et de dalles. Ils sont des milliers de volontaires qui s'acharnent à la pelle et au seau pour dégager les corps ensevelis.

Plus les heures passent et plus le bilan de cette matinée d'apocalypse devient une réalité numérique. C'est par milliers qu'il faut dénombrer morts, disparus et blessés.

Des châteaux de cartes

Le séisme a frappé le centre ville. Les vieux bâtiments ont résisté; les plus neufs aussi, bâtis sur des bases architectoniques. En revanche tout ce qui fut construit au début de l'euphorie de l'opulence pétrolière pour satisfaire une classe moyenne en pleine croissance n'a pas résisté aux secousses qui ont soulevé, avec une violence inimaginable, pendant plus de trois minutes, le sol de la capitale du Mexique.

Ce sont les quartiers les plus pauvres et les plus riches qui ont été épargnés. Un touriste ignorant l'événement et débarquant de l'aéroport pourrait ainsi traverser des quartiers entiers de la ville sans prendre conscience du désastre.

Au total, une quarantaine d'immeubles d'habitation ont été abattus comme châteaux de cartes. Ce vendredi, officiellement, sept cents cadavres ont été dégagés. On ne connaîtra le bilan officiel que dimanche. Sans doute sera-t-il très éloigné de la vérité.

Pour l'instant les autorités se contentent de parler de milliers de blessés et de disparus et il semble bien que, dans les provinces, les dégâts n'aient été que matériels. Rien de grave à Acapulco notamment; on signale un seul hôtel du Pacifique, à Playa Sul, où une trentaine de touristes auraient été tués.

Parmi les victimes à Mexico un groupe de touristes français qui étaient logés à l'hôtel Romano. Quatre personnes son indemnes, trois tuées, mais on ignore encore combien sont restées sous les décombres. Un professeur et deux coopérants français de l'ambassade seraient parmi les victimes.

Une poussière au goût de mort

À l'hôpital général, le bâtiment abritant l'internat s'est écroulé sur quarante jeunes médecins, tandis qu'infirmières et parturientes du service de gynécologie périssaient sous les décombres de leur étage.

«C'est une extraordinaire chaîne de solidarité»

Depuis le séisme, ils sont là, par colonnes serrées, venus par milliers de tous les quartiers, pour fouiller les ruines. Des jeunes pour la plupart, qui ont reçu une sérieuse éducation de secouriste dans les lycées. De nombreux scouts aussi. Des grues soulèvent les dalles de béton, les bulldozers repoussent les gravats, une poussière âcre, au goût de mort, pénètre nos mouchoirs noués en masques. Inlassables, ils grattent et piochent, découpent au chalumeau. Il est 3 heures du matin, sous les projecteurs alimentés par les groupes électrogènes, une équipe s'active au pied d'un amoncellement de moins de dix mètres de haut. L'immeuble d'à côté donne la dimension initiale de cet entassement (huit étages). Ceux qui tiennent encore provisoirement debout ont été évacués.

Les effets personnels passent de main en main, comme les seaux de gravats; c'est une extraordinaire chaîne de solidarité. Il faut l'intervention d'un chef pour exiger des volontaires en tête de ligne de fouille qu'ils se fassent remplacer.

Une armoire éventrée, des tiroirs emplis de vêtements, de pauvres vieilles choses auxquelles on tient. Soudain un miaulement sous une pierre surgit. Un chat noir, sain et sauf, qui disparaît dans la nuit comme une flèche. Derrière, au fond de la cavité, verticale et raidie, une jambe apparaît. Aucun espoir n'est permis.

Auprès de centres d'accueil, épuisés, hagards, les rescapés ayant évacué les immeubles menacés par la moindre secousse attendent...