Resté longtemps la locomotive du sport ivoirien, le handball bat de l’aile, depuis près d’une décennie tant sur le plan local que sur l’échiquier international où ce sport a écrit ses plus belles pages. Diagnostic.
Le handball Ivoirien, c'est un passé glorieux marqué par deux titres de Champion d'Afrique avec la sélection nationale féminine (1987 et 1996) et une finale masculine (médaille d'argent) en 1981.
Au niveau des clubs, la génération dorée de Namama Fadiga a glané trois médailles d'or (91, 92 et 96) et 8 médailles d'Argent avec l'Africa Sport d'Abidjan en compétition continentale des clubs champions. Le Rombo sport de Kpouêbo a fini en argent,également, à trois reprises (2003, 2006 et 2006).
Cependant les pionniers de la suprématie du handball Ivoirien sur l'Afrique restent l'AF Bouaké, vainqueur en 1981, l'ASC Bouaké (1983 et 1984) et l'USC Bassam (1989) qui ont dominé le continent en clubs champions.
Dans l'autre compétition africaine, la coupe des vainqueurs de coupe, l'Africa Sport du Président Paul Gogoua a gagné 9 titres de champion d'Afrique et le Rombo, 4 trophées sans compter la médaille d'Or obtenue par la Côte d'Ivoire en 1987 à Nairobi avec les dames.
Depuis cette épopée glorieuse des Emilie Djoman, Désirée Kramo, Julienne Vodoungbo (Mme Akpa), Nadège Namama Fadiga, Mariame Koné et autres qui ont écrit les pages dorées du handball féminin Ivoirien, cette discipline a perdu ses étoiles au fil des années.
Aujourd'hui le handball ivoirien n'a plus de stars et les athlètes de cette discipline sont presque des anonymes. Tout comme les compétitions locales qui se déroulent dans l'indifférence totale des sportifs ivoiriens qui n'ont désormais d'yeux que pour le football.
De l'avis des amoureux de la petite balle, la rupture de formation des jeunes et des encadreurs, le manque d'infrastructures sportives, le manque de financement et surtout les crises à répétition qui minent cette discipline, ont contribué au déclin du handball ivoirien.
‘'La relève de la génération des championnes d'Afrique n'a pas été assurée, parce que la formation a été délaissée au profit des élites. Alors que, par le passé, les athlètes étaient formés dans les écoles, collèges et lycées avant d'être détectés lors des compétitions inter- établissements et compétitions scolaires et Universitaires de l'OISSU'', se souvient Mathieu Kassy, enseignant d'Education physique et sportive dans un lycée abidjanais.
Les compétitions de l'Office ivoirien des sports scolaires et universitaires (OISSU) se sont taillé la réputation de vivier du handball ivoirien. Le lycée classique d'Abidjan, le lycée de Dabou, les lycées I, II et III à Daloa, les collèges Gbaho à San-Pedro et Zady à Gagnoa…ont longtemps été des réservoirs inépuisables du handball en Côte d'Ivoire.
Depuis les décennies 80 et 90, le cycle de formation dans les écoles s'est estompé. Et les clubs de l'élite dont l'Africa, le Rombo, le RAC chez les dames et la Soa, le Red Star chez les hommes, n'ont pas pris le relais de cette formation, se contentant des recrutements tous azimuts de quelques athlètes talentueux qui émergent lors de compétition des divisions inférieures.
Le handball ivoirien est, également, malade de ses infrastructures. A l'intérieur du pays comme à Abidjan, il n'existe pas d'aires de jeu propices à la pratique du handball.
‘'Depuis des années, les compétitions nationales se disputent en plein-air. Soit sur les terrains dégradés de l'INJS, les aires de jeu de l'Université de Cocody, au stade Robert Champroux et même sur stade de la BAE à Yopougon'', se désole Malick Touré, handballeur.
A Abidjan où le championnat national et la coupe nationale se déroulent chaque saison, le Forum de l'université et le Palais des Sports (longtemps resté fermé) ne pouvaient accueillir le handball qui a trouvé refuge sur les terrains précités qui ne sont pas appropriés et adaptés pour la pratique du handball.
‘'Les compétitions programmées sur ces terrains exposent les athlètes à de graves blessures, tout en ne garantissant pas le beau jeu. Mais, sans salles couvertes avec plancher au sol pour abriter ses compétitions, la Fédération Ivoirienne de Handball a fait du sur-place en programmant ces matches sur des terrains de fortune. Une situation qui a dégradé le jeu au fil des années'', indique M. Kassy.
Les différents présidents qui se sont succédés à la tête de la Fédération Ivoirienne de Handball (FIHB) n'ont pas réussi à assoir une politique fédérale de financement du handball national.
Ils se sont toujours contentés de l'aide ou subvention de l'Etat pour organiser leurs compétitions. Un financement de l'Etat insuffisant pour mieux promouvoir cette discipline dont le développement passe nécessairement par la détection, l'encadrement, la formation (des joueurs et des entraineurs). Tout un programme qui nécessite de gros moyens financiers.
A ces difficultés majeures, se greffent les nombreuses crises à répétition qui prennent le plus souvent leur source dans les élections à la présidence de la Fédération ivoirienne de Handball (FIHB).
‘'De Mme Bossiamba à Joseph Ouéréga, l'actuel patron du handball en Côte d'Ivoire, en passant par les élus Serr Maxime, Brahima Ouattara dit OB, le scrutin du choix du président de la FIHB a toujours laissé des traces au sein de la famille du handball'', regrette un ancien international.
Ces dissidences à n'en point finir ont souvent freiné ou paralysé les activités fédérales, toutes les saisons, occasionnant soit l'arrêt ou soit la suspension du championnat. ‘'Si ce ne sont pas les dirigeants de clubs qui s'opposent pour des intérêts divergents, ce sont les arbitres qui font la grève ou la tutelle qui s'immisce dans la gestion fédérale'', souligne un fan de cette discipline.
La dernière crise qui a plombé le handball ivoirien, depuis deux ans maintenant, est d'ailleurs née d'un contentieux électoral amenant le ministère des sports à nommer une ancienne gloire,Mariam Koné à la tête d'une commission de gestion intérimaire en janvier 2013, pendant une période de 10 mois.
La Côte d'Ivoire a régné sur le handball africain à une époque bien lointaine. Ces dernières années, tant au niveau des sélections nationales que celui des clubs, les Ivoiriens ne gagnent plus. Ils ne montent plus sur le podium lors des compétitions internationales, quand ils ne brillent pas par leur absence sur l'échiquier international, faute de moyens financiers.
La conséquence, l'Angola, le Congo, la Tunisie, le Cameroun et autres pays ont ravi les premières places à la Côte d'Ivoire. Et pourtant, l'Angola, nouvelle reine de l'Afrique a tout appris du handball, à l'école ivoirienne avec la collaboration de Paul Blesson, formateur émérite ivoirien.
HS/ls/APA
Resté longtemps la locomotive du sport ivoirien, le handball bat de l’aile