Côte d’Ivoire: gouvernement et HCR veulent accélérer le retour des réfugiés

  • 15/07/2016
  • Source : AFP
Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et le gouvernement ivoirien entendent accélérer le retour des 50.000 réfugiés de la crise ivoirienne (2002-2010) qui ne sont pas encore rentrés au pays, ont-ils annoncé jeudi.

Le gouvernement et le HCR qui se sont réunis pendant trois jours à Abidjan, de mardi à jeudi, afin de trouver des "solutions durables", veulent atteindre le chiffre de "25.000 retours par an", mais se heurtent à plusieurs obstacles, ont expliqué leurs représentants lors d’une conférence de presse à l’issue des travaux.
 
D’abord des problèmes de logistique, qui peuvent être facilement résolus comme en Guinée, où la frontière terrestre est fermée en raison d’Ebola, mais surtout des problèmes politiques, liés aux "réticences" des réfugiés du Ghana et du Togo, majoritairement pro-Gbagbo.
 
D’après le HCR, plus des deux tiers des 300.000 Ivoiriens ayant fui leur pays pendant ou après le conflit sont déjà rentrés chez eux. Il resterait 20.000 réfugiés au Liberia, 7.000 en Guinée ainsi que 11.000 exilés pro-Gbagbo au Ghana et environ 2.000 au Togo. Ces derniers avaient majoritairement fui après la crise postélectorale de 2010-2011 qui a fait plus de 3.000 morts en cinq mois.
 
Le retour des réfugiés est un enjeu majeur pour la réconciliation nationale, et l’une des priorités du président Alassane Ouattara, plus de cinq ans après la fin de la crise provoquée par le refus de l’ex-président Laurent
Gbagbo de reconnaître la victoire de son rival.
 
"Pour le Liberia, il y a plus d’engouement avec plus de 16.000 retours. Alors que pour le Ghana, en dehors des ministres (un ancien ministre et trois personnalités sont rentrés le 30 juin, ndlr), il n’y a que deux personnes qui
s’étaient portées volontaires pour rentrer sur les 11.000. Sur le Togo, c’est 9 personnes sur 2.000... On sent la réticence de réfugiés du Ghana et du Togo", a souligné Liz Kapam Ahua, la représentante régionale du HCR, lors de
la conférence de presse."Les réfugiés évoquent le problème sécuritaire. Ils ont peur (...) de représailles parce que pendant la crise, il y a eu des crimes commis. Il ont
peur d’être attaqués par leur voisins", a-t-elle expliqué.
 
"Il y a un petit groupe qui dit +On ne peut pas rentrer tant que l’ancien président (Laurent Gbagbo, actuellement jugé à la Cour pénale internationale) n’est pas de retour+".
 
"Il y a une pression, une manipulation" de certains radicaux pro-Gbagbo pour convaincre les réfugiés de ne pas rentrer, a-t-elle estimé, promettant de "mener des activités de sensibilisation" et "d’organiser des visites au pays par des réfugiés" afin qu’ils puissent ensuite "aller transmettre le message de ce qu’ils ont vécu".
 
La ministre de la Cohésion sociale Mariatou Koné a assuré qu’il "n’y a pas de raison que ces frères et soeurs restent. La question sécuritaire est réglée, celle de la terre, celle de la restitution des biens sont réglées
(...) Ils ont peur mais je veux les rassurer. Aujourd’hui l’heure est à la paix, à la sécurité et au pardon".
 
Elle a évoqué le retour de Kacou Brou, dit "KB", figure pro-Gbagbo, le 30 juin. "Il avait peur des représailles (...) Aujourd’hui, il va en boîte, il circule, rien n’a été fait (contre lui).
 
"Il y a beaucoup de manipulation d’ordre politique". Mais "l’heure de la guerre est passée. Pensons +Nation+! Ne pensons pas +ethnie+ ou +groupe politique+", a conclu la ministre.
 
pgf/de