Brexit: le Parlement soutient la nouvelle stratégie de Theresa May

La première ministre britannique a évité la démission de plusieurs de ses ministres. Selon sa nouvelle stratégie, le Brexit pourrait être reporté.


Theresa May s'est offert un nouveau répit. Un sursis de deux semaines seulement, certes, mais qui lui permet d'éviter la fronde de députés et de certains membres de son gouvernement, prêts à se révolter pour éviter un «no deal» (une sortie de l'Union européenne sans accord, NDLR). Les membres du Parlement ont massivement voté mercredi, à 520 voix contre 20, pour un amendement du conservateur Oliver Letwin et de la travailliste Yvette Cooper qui entérine la nouvelle stratégie de la première ministre, dont un possible report du Brexit.

Depuis mi-janvier, et le rejet de l'accord de divorce conclu avec Bruxelles, Theresa May travaille d'arrache-pied pour convaincre les Européens de le modifier. Elle se refusait jusqu'ici à reporter la date de sortie du Royaume-Uni de l'UE au-delà du 29 mars, martelant qu'une absence d'accord vaudrait mieux qu'un mauvais texte. Mais face aux menaces de démission de plusieurs membres de son gouvernement opposés à une sortie sans accord, elle a dû se résoudre à faire des concessions, entérinant la possibilité d'un report.

Les députés britanniques ont voté favorablement à un amendement soutenant la proposition de Theresa May de pouvoir reporter brièvement la date du Brexit, prévu le 29 mars 2019.

Quelles sont les prochaines échéances?

D'après le plan proposé aux députés, la première ministre va soumettre une nouvelle fois son accord au Parlement le 12 mars au plus tard. D'ici-là, elle tentera d'obtenir des concessions de Bruxelles, notamment sur le «backstop», mécanisme de dernier recours visant à éviter le rétablissement des contrôles douaniers à la frontière entre le République d'Irlande et l'Irlande du Nord. Cette mesure fait l'unanimité contre elle, pro et anti-Brexit la rejetant massivement.

En cas de refus, la cheffe du gouvernement demandera alors aux membres du Parlement le 13 mars s'ils veulent une sortie de l'UE sans accord. Enfin, en cas de nouveau refus, elle leur soumettra le 14 mars un projet de report «court et limité» du Brexit. Un répit qui ne pourrait pas aller au-delà de juin, selon elle, à cause des élections européennes. Theresa May ne s'en cache d'ailleurs pas, cette solution n'a pas sa préférence. Elle reste convaincue que les députés finiront par accepter son plan de sortie. Dans une tribune publiée par le Daily Mail , elle exhorte les élus britanniques à «faire leur devoir afin que le pays puisse aller de l'avant». Le gouvernement a également rappelé, dans un avis rendu public mardi, que, sans accord, la croissance de l'économie britannique serait d'ici quinze ans de 6,3 à 9% inférieure à celle que le pays pourrait espérer en cas de maintien dans l'UE.

Comment l'Union européenne a-t-elle réagi?

Plusieurs dirigeants européens ont averti Theresa May: un report est possible mais à condition de sortir de l'impasse actuelle. Emmanuel Macron a d'ailleurs rappelé lors d'une conférence de presse avec la chancelière allemande, Angela Merkel, que l'accord de retrait ne pourrait pas être renégocié. «Si les Britanniques ont besoin de davantage de temps, nous pourrons examiner une demande d'extension, si elle est justifiée», a assuré le président français. Angela Merkel, reçue à Paris, a confirmé que «si le Royaume-Uni a besoin de plus de temps, il est évident que nous ne refuserons pas».

Le négociateur de l'UE, Michel Barnier, a, lui, estimé le report possible si les Britanniques fournissent des détails sur la manière dont ils comptent utiliser ce temps supplémentaire. «Objectivement, on n'a pas besoin de plus de temps, on a besoin de décisions», a-t-il ajouté.

Vers un nouveau référendum?

Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, se prépare à l'offensive. Après le rejet d'un nouvel amendement qui demandait le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE, proposé par son parti, ses options sont limitées. Il se prépare donc à présenter un nouvel amendement réclamant un second référendum. Il n'avait jusqu'ici jamais proposé cette éventualité, bien conscient que de nombreux électeurs travaillistes avaient voté pour un divorce avec l'UE. Mais le départ de plusieurs élus pro-UE la semaine dernière l'a forcé à agir.