Troubles auditifs : les trois quarts des 15-30 ans seraient touchés

Beaucoup de jeunes écoutent la musique trop fort et, malgré leur connaissance des risques, ne protègent pas suffisamment leur audition, selon une étude

Audition
Ils aiment écouter fort la musique, sont conscients des risques, mais ne changent pas leurs comportements pour autant : une étude sur le rapport des jeunes au son révèle que les troubles auditifs ne sont pas réservés aux populations les plus âgées. Plus des trois quarts des 15-30 ans ont déjà ressenti des troubles auditifs comme des acouphènes (bourdonnements ou sifflements dans les oreilles) ou une perte d’audition à la suite d’une forte exposition sonore, indique une étude Ipsos réalisée à l’occasion de la douzième édition de la Semaine du son, qui se déroulera du 19 au 25 janvier 2015 à Paris et jusqu’au 8 février 2015 partout en France.

1h43 de musique au casque au quotidien

Éviter d’écouter au casque pendant des heures, porter des bouchons d’oreille dans les concerts, s’éloigner des enceintes, autant d’attitudes que les 15-30 ans n’ont pas encore adoptées, alors qu’ils sont presque tous conscients (pour 98 % d’entre eux) que "l’exposition excessive aux sons forts entraîne des problèmes auditifs". Seuls 21 % d’entre eux déclarent s’éloigner systématiquement des enceintes, 10 % font des pauses régulières, 3 % utilisent des bouchons d’oreilles à usage unique et 4% leurs propres bouchons.

Habitudes
Cette génération privilégie l’écoute individuelle de la musique puisqu’une très grande majorité (89 %) utilise un casque ou des écouteurs, et ce pendant une heure et 43 minutes par jour en moyenne. 61 % aiment tout particulièrement écouter au casque avant d’aller se coucher. Plus d’un jeune sur deux a l’impression que le niveau sonore est plus élevé que par le passé au cinéma, et 60 % ont cette impression concernant les publicités à la télévision. Enfin, fait préoccupant selon certains spécialistes, presque un quart d’entre eux (23 %) ne fait jamais de pause dans l’écoute et un jeune sur dix ne baisse jamais le volume.

S’ils écoutent aussi fort, c’est d’abord pour l’ambiance (40 %), la qualité du son (34 %), mais aussi par transgression. Quant à ceux qui ont déjà ressenti un trouble auditif, 55 % déclarent n’avoir rien fait pour s’informer sur le sujet ou être pris en charge, relève l’étude.

"On prépare des générations de sourds"

"Quand on est jeune, on a du mal à imaginer qu'on va vieillir, on a besoin de tester ses limites. Écouter de la musique forte, c'est un plaisir, dangereux, mais un plaisir", analyse le Docteur Alain Londero, ORL à l'Hôpital Georges-Pompidou à Paris, qui a participé à cette étude.

D'autant que les dommages sont le plus souvent définitifs, alerte-t-il : "Si l'acouphène dure plus de quelques jours, il est très probable qu'il persiste pour toujours." Il ne s'agit pas d'arrêter d'aller aux concerts ou en boîte de nuit, met en garde le médecin, mais de "le faire de façon raisonnable et raisonnée". C'est-à-dire faire des pauses "entre les périodes d'exposition" et "avoir toujours avec soi des bouchons de protection adéquats, qui permettent de profiter de la musique et de se protéger de façon efficace".

Syptômes
"On prépare des générations de sourds, alerte le Dr Londero. Si on commence à abîmer son système auditif à 18 ans, vers 85 ou 90 ans, on a - en plus - le vieillissement naturel !" M. Horvilleur regrette que certains jeunes "gardent les symptômes" plusieurs semaines avant de se faire soigner, ignorant qu'il "fallait se faire traiter le plus vite possible". "Oreille cotonneuse, sifflement ou l'impression d'entendre tout trop fort... Si ça persiste après une nuit de sommeil, il faut consulter."

Test
Selon Jean-Louis Horvilleur, audio-prothésiste qui a également participé à l'étude, il faut se fier aux "dispositifs d'avertissement des baladeurs, qui signalent le dépassement des 85 décibels, entre un aboiement et un klaxon". Pour l'expert, un test facile à réaliser pour se rendre compte du niveau sonore est d'"écouter un morceau d'abord dans les transports, puis de l'écouter au même volume dans sa chambre".

Étude
Cette étude a été réalisée en ligne entre le 23 et le 31 octobre 2014 sur un échantillon national représentatif de 501 personnes des 15-45 ans (données des 15-30 ans isolées).