Corruption en Afrique : la thérapie par l’exemple

On peut en parler, critiquer, s’inquiéter, s’insurger, la corruption bat son plein et est de plus en plus « sophistiquée » ce qui la rend de plus en plus difficile à combattre. Dans son article, Kassim Hassani, fait un véritable plaidoyer contre la corruption des dirigeants africains. En citant plusieurs exemples sur le continent, il s’insurge contre le trop grand silence qui entoure des faits de corruption. La corruption est une longue chaine qui va du sommet jusqu’à la base mais une chose est certaine, si le sommet (l’Etat) ne fait pas d’efforts, l’inertie sera durable et profonde.

Lors du 30ème sommet de l’Union Africaine de janvier 2018 à Addis Abeba, les dirigeants africains se sont assignés de faire de la lutte contre la corruption, l’un des principaux défis. Cependant cet élan volontariste, soulève de nombreuses interrogations car, si la majorité des chefs d’Etat africains se disent contre la corruption, ils restent encore nombreux à en faire usage au quotidien. L’augmentation constante du nombre de dirigeants englués dans des scandales de corruption prouve que la corruption n’est plus seulement un dysfonctionnement de la gouvernance, mais est devenue un mode de gouvernance. Comment en sortir ?

Sortir du déni de responsabilité

Selon le Rapport sur la gouvernance en Afrique publié par l’ONU en 2016, la corruption est l’un des obstacles majeur à la transformation structurelle du continent. Sur la soixantaine d’Etats que compte le continent, seuls trois (Botswana, Cap-Vert, Ile Maurice) se détachent de la grande famille des pays corrompus, au rang desquels on retrouve en queue de peloton le Burundi, l’Angola, l’Erythrée, la Libye, le Soudan, la Somalie. De nombreuses études soulignent que l’absence de bonne gouvernance, la faiblesse des institutions, les mécanismes régulateurs inefficaces, les cadres juridiques et réglementaires inadéquats et les mécanismes d’exécution inopérants font le lit de la corruption en Afrique. Il apparait donc urgent de sortir du déni de responsabilité dans lequel s’enferment les dirigeants africains. En effet, si les Chefs d’Etat africains combattent publiquement la corruption, dans les faits, ils font très peu pour endiguer le fléau.

Dans ce domaine, tout commence par la volonté de donner le bon exemple. La grande majorité, les dirigeants africains ont accédé au pouvoir grâce à la corruption électorale, soit parce qu’ils en ont été directement acteurs, passifs ou bénéficiaires. Or, la corruption électorale est endémique en Afrique. Elle favorise l’ascension de dirigeants peu vertueux, dont la connexion avec les milieux d’affaires est un fait établi. Ces chefs d’Etat africains, insouciants du mieux-être des populations, livrent une guerre à la petite corruption tandis que règne l’omerta sur la corruption d’Etat. Cette situation est de nature à biaiser le signal envoyé aux populations sur ce qui est acceptable ou non en matière de corruption. D’un côté, la lutte anti-corruption sert à anéantir les voix discordantes et les velléités de challenge au sein de l’opposition ou même de la famille politique, tandis que de l’autre côté, les rentes issues de la corruption servent tout bonnement à dompter les institutions de la République aux fins de les aider à tripatouiller la Constitution pour s’accrocher au pouvoir...


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