Cinq questions pour mieux comprendre la situation en Catalogne

Barcelone appelle à un référendum sur l'indépendance le 1er octobre prochain, un scrutin interdit par Madrid. La tension entre le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy et l'exécutif séparatiste de Catalogne est à son paroxysme. De quel statut dispose déjà la Catalogne? Que changerait l''ndépendance? Cinq questions pour comprendre la situation actuelle en Catalogne.

1. Qu'est-ce que la Catalogne?
La Catalogne est l'une des "communautés autonomes" qui constituent l'Espagne. Cette région du nord-est de l'Espagne, aussi grande que la Belgique et dotée d'un Parlement et d'un gouvernement, compte 7,5 millions d'habitants (16 % de la population espagnole). Elle dispose d'un statut de "communauté autonome" et elle est dirigée politiquement par les indépendantistes.

Ce gouvernement catalan, la Generalitat, a été instauré une première fois en 1932. Supprimé sous Franco, il est rétabli en 1979 après 40 ans de dictature. Ce statut repose sur la Constitution espagnole de 1978: elle reconnaît (dans son article 2) le droit à l'autonomie des régions, mais pas leur indépendance, au nom le principe d'unité indissoluble de la Nation. Le projet de référendum a d'ailleurs été jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole.

En 2006, la Catalogne a fait approuver par son Parlement un nouveau statut d'autonomie: l'Estatut d'Autonomia de Catalunya. Il précise le texte initial au profit d'un statut détaillé de 223 articles qui détaille l'organisation des compétences. Un texte en partie censuré en 2010 par le Tribunal Constitutionnel.

2. Quelles compétences possèdent déjà la Catalogne?
Elles sont nombreuses. À l'instar des autres communautés autonomes, la Catalogne a son Parlement et son gouvernement. Ils s'occupent notamment de la santé, des prisons et des services sociaux... Il existe deux langues officielles dans cette région: l'espagnol (ou castillan) et le catalan. 

La Catalogne dispose également de sa propre police: les "Mossos d'Esquadra" ("agents d'escadron" en français), très active autour de l'attentat de Barcelone. 

"La Catalogne est autonome sur pratiquement tout, à part quelques compétences relatives à la Nation restées régaliennes", souligne Benoît Pellistrandi, historien de l'Espagne, dans France Culture.

Dit autrement: la Catalogne ne dirige pas la Défense, la diplomatie et la fiscalité.


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3. S'agit-il réellement d'un référendum?
Oui pour les organisateurs, à savoir les indépendantistes. Non du point de vue de la légalité espagnole, qui s'impose en droit à la Catalogne.

La tenue du "référendum" a bien été adoptée par une loi du Parlement catalan (le 6 septembre dernier, par 71 voix sur 135) mais celle-ci a été suspendue dès le lendemain par le Tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du royaume, interdisant aux maires et fonctionnaires de prêter leur concours.  

Le Parlement catalan répliquait aussitôt par la "loi de transition" qui prévoit l'organisation juridique immédiate de la Catalogne si le "oui" l'emporte, ne serait ce que d'une voix et sans minimum de participation nécessaire.

Après avoir essayé de jouer un rôle de modératrice, la maire de Barcelone Ada Colau a finalement accepté de faciliter la tenue du référendum. Cependant, la moitié des dix grandes villes catalanes continuent de refuser leur concours.

4. D'où vient cette montée de l'indépendantisme?
À l'inverse d'autres entités espagnoles telles l'Aragon ou la Castille, la Catalogne n'a guère formé dans son histoire de véritable et durable État souverain. D'où vient cette montée de l'indépendantisme? Depuis la nuit des temps...

La montée de l'indépendantisme a connu un sursaut inattendu en 2010. Il y a sept ans, le statut de la Catalogne, mis en place en 1979 lors de la transition démocratique, est remis en cause par le Tribunal constitutionnel, saisi par le Parti Populaire (PP, conservateur, alors dans l'opposition). Une décision qui provoque un vif émoi de l'opinion catalane et une radicalisation nationaliste.

Le 10 juillet 2010, plus d'un million de personnes manifestent à Barcelone au cri de "nous sommes une nation, nous décidons".

Le retour au pouvoir du Parti populaire de Mariano Rajoy en 2011 aggrave la situation, surtout au lendemain des propos de son ministre de l'éducation appelant à "espagnoliser" les jeunes Catalans.


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5. Que prédisent les sondages?
Les élections régionales de 2015, seul indicateur d'opinion irréfutable, ont donné aux indépendantistes une majorité absolue de sièges au Parlement catalan, mais non de voix (47%).

Jusqu'à cet été, la plupart des enquêtes d'opinion fiables exprimaient une majorité pour le maintien dans l'Espagne.

Depuis quelques semaines, elles indiquent encore une opinion générale très partagée mais avec une progression en faveur l'indépendance. Surtout, elles prédisent cette fois jusqu'à 60 % de participation.